Grande crise : passer de l’indignation à la reconstruction

Quelle rentrée, mes amis ! Mais il ne suffit plus désormais de constater le commencement de la fin d’un système moribond. Au point de délabrement où celui-ci se trouve, il semble plus judicieux qu’à notre indignation succèdent enfin des préoccupations sérieuses de reconstruction.

Problème : quelles politiques alternatives quand la seule idéologie mondiale, même moribonde, reste aujourd’hui le capitalisme financier effréné ?

Fausses pistes

Écartons tout d’abord quelques fausses pistes qui relèvent de la facilité et d’une certaine soumission à la fatalité :

  • aucun miracle à espérer des élites et des dirigeants en place : émanations d’un système qui conditionne leur propre survie, ils n’auront de cesse d’essayer de le préserver en dépit de tout, s’obstinant dans les mêmes logiques navrantes de croissance et d’une société de plein-emploi illusoire qui n’existe plus depuis plus de quarante ans (cf. les pauvres interventions de Martine Aubry en août dans Libération et le Monde) ;

  • pas de solutions internationales type G truc, pas de nouveau Bretton Wood à attendre de ces gens-là ;

  • pas non plus de réforme possible du système actuel : << on n’aménage pas un système totalitaire, on ne cherche pas à l’améliorer par petites touches, on le combat frontalement jusqu’à ce qu’il s’effondre >>, déclarait déjà Bernard Langlois en novembre 2005 dans Politis.

Pistes stériles

Oublions également les issues de sorties qui seraient ouvertes par la seule vertu de nos révoltes et de nos indignations :

  • La violence des émeutes d’août en Grande-Bretagne s’explique très justement par la désintégration des ultimes protections sociales qui bouleverse ce pays, mais ces explosions de colère aveugle, sans conscience politique, ne peuvent aboutir qu’à l’impasse et au rejet ;

  • les révolutions des pays arabes, les indignations galopantes en Europe, pour séduisantes et salutaires qu’elles soient, balbutient aujourd’hui faute de structures politiques abouties et de leaders ; ah, que n’ont-elles un Mandela, un Martin Luther King à leurs côtés !

À quoi bon << les révoltes sans solution >> ?

Pour un front de salut public

Faute de nouveaux Mandela ou Martin Luther King, faute de solutions par des instances institutionnelles à la ramasse, nous ne pouvons plus compter que sur nous-mêmes et sur les forces vives non compromises dans ce pénible naufrage. Celles-ci existent mais ne semblent pas avoir encore pris la mesure du cataclysme :

  • il est désolant de voir des personnalités politiques intéressantes (Eva Joly, Jean-Luc Mélenchon, Corinne Lepage, Nicolas Dupont-Aignan …) continuer de mener leur petit train-train chacun dans leur coin comme si de rien n’était, chipoter sur des détails pour justifier leurs chemins séparés ; il n’est pas question ici de nier les différences droite/gauche, mais de parer au plus urgent en dressant un front de salut public citoyen sans tarder et sans s’éparpiller ;

  • les nouveaux intellectuels, les journalistes qui se respectent, les Paul Jorion, Frédéric Lordon, Emmanuel Todd, Edwy Plenel, Pierre Haski, les gens d’Attac Europe… ne peuvent plus se contenter d’un rôle d’observateurs ou d’analystes distants, aussi pertinents soient-ils. Ils doivent mouiller leurs chemises, se regrouper et s’engager activement en faisant fi de leurs différences et de leurs querelles de chapelles ;

  • nous-mêmes n’avons plus le droit de nous égarer en atermoiements résignés, de constats d’échec en « je vous l’avais bien dit ».

Les crises sont propices aux grandes avancées humaines

La tâche qui nous attend est immense. Elle ne peut se résumer à quelques mesures éparses de basse cuisine. On ne reconstruit pas un monde par une vague réforme de la fiscalité ou quelques saupoudrages réglementaires de circonstances. Nous devons nous appuyer sur une cohérence, une éthique, un souffle, une philosophie de l’existence à la hauteur de nos ambitions.

Faute de réactions à temps, nous laisserons libre cours aux forces obscures qui ne vont pas manquer de se déchaîner : les tentations régressives, le repli sur soi, le rejet de l’autre ou pire, les fuites en avant guerrières. Avez-vous remarqué combien la Grande crise a épargné les complexes militaro-industriels de l’Empire agonisant ?

L’enjeu : en imposer à un totalitarisme financier en train d’imploser avant de subir les séquelles tragiques de sa chute.

Rappelons-nous, pour nous donner du cœur au ventre, que les périodes de crises graves ont toujours été propices aux grandes avancées humaines et sociales : Révolution française de 1789, Front populaire de 1936, ordonnances du Conseil national de la Résistance de 1945… À nous de jouer. Le reste n’est que verbiage.

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Un voyageur à domicile en quête d'une nouvelle civilisation.