Crépuscule, par Juan Branco – 16. Gabriel Attal, un jeune homme très sûr de lui

Crépuscule, par Juan Branco – 16. Gabriel Attal, un jeune homme très sûr de lui

Il ne faudra pas s’étonner des conséquences terribles que tout cela suscitera, alors que M. Macron a décidé de condenser ces réseaux dans le seul but de nourrir ceux qui l’ont institué. Et ne pas s’étonner que la seule alternative à un pouvoir toujours plus autoritaire consiste en la possibilité de son effondrement.

Reste maintenant à se projeter, et alors que la macronie vacille et entre en son crépuscule, à lire et décomposer à temps l’un des champignons naissant sous les intérêts des puissants, pour ne lui laisser aucune chance de prospérer et de reproduire le système jusqu’alors instauré. L’émergence de l’un de ces sbires de l’oligarchie – égal en arrogance, conformisme et ambition à son aîné – un certain Gabriel Attal, compagnon à la ville de Stéphane Séjourné, conseiller politique d’Emmanuel Macron, et déjà très introduit dans tous ces réseaux, par le même fonctionnement qui a permis l’intronisation de ses aînés, doit être exposée. Un jeune homme de vingt-neuf ans que tous ont déjà le tort de minorer, et dont l’exposition en première ligne pour combattre les revendications d’un peuple révolté devrait faire signe et nous inquiéter.

Un être auquel, si nous croyions les apparences formelles de ce système, nous nous apprêterions à accorder bien trop d’importance et d’attention par rapport à celle qu’il mériterait, mais qui pourtant permet non seulement de comprendre ces systèmes que nous venons de révéler, mais aussi s’apprête à les perpétuer. Rappelons à cet égard un fait concernant celui qui est devenu, avec la même grâce que M. Macron lors de son élection, le plus jeune ministre de la Vème République : alors que sa relation – pourtant officielle, déclarée à la Haute Autorité à la Vie Publique et contractualisée par un PACS – avec le conseiller politique d’Emmanuel Macron était exposée par nos soins, et que par là-même risquaient d’être dévoilés les systèmes de solidarité de tout un pan du nécrotique pouvoir de M. Macron, un être interlope intervenait auprès de Gala pour faire effacer deux articles parus à ce sujet. Nous étions alors en octobre 2018, en France, un mois après la parution de Mimi.

Et l’être qui intervenait, encore suffisamment puissant pour faire disparaître des informations, cet être-là avait un nom.

Et ce nom était Marchand.

Ce que nous apprêtons à révéler, c’est donc bien la fable d’un individu qui, né au cœur des réseaux ci-exposés, s’apprêtait à en devenir le relais nécessaire autant qu’évidé et évidant, servant des pouvoirs pourrissants à l’instant même où ils se seront montrés mourants. En remontant les temps et en nous projetant en amont de la constitution du pouvoir qui actuellement nous étreint, cette excursion nous permettra de comprendre comment ces destins se forment aux berceaux, ce qu’ils disent de nos sociétés, et comment tout argument lié à une compétence ou un talent, une innéité qui dès leur plus jeune âge aurait justifié la stellaire propulsion qui par la suite leur sera accordée, ne saurait être invoqué pour en expliquer les fondements.

16 octobre 2018. Gabriel Attal, 29 ans, est nommé par le président de la République, sans annonce au perron, secrétaire d’État auprès du ministre de l’éducation, en charge de la jeunesse. Sur BFMTV, au Monde1et plus encore à Paris Match, l’on s’émeut du parcours fulgurant de ce jeune député des Hauts-de-Seine au teint hâlé et à l’allure de gendre idéal. Le grand public découvre le visage de celui qui vient de devenir le plus jeune ministre de la Vème République. Si son nom, qui circulait dans les cagnottes depuis plusieurs mois, reste largement inconnu du pays, dans les salons et les alcôves du petit-Paris, cette consécration, préparée de longue date, ne suscite qu’un bruissement de satisfaction. Une nouvelle fois, un pur produit du système vient d’être adoubé, sidérant tous ceux qui auraient pu, à temps, s’y opposer.


L’affaire, discrètement menée, a laissé quelques traces à qui y montrerait intérêt. Dès l’été 2018, Bruno Jeudy, chroniqueur préféré des mondanités du pouvoir, révélait les goûts littéraires et musicaux de l’illustre inconnu en pas moins de trois articles successifs dans Paris Match2, l’intronisant au sein de ce petit gotha d’hommes politiques à qui le magazine, et son propriétaire Arnaud Lagardère, offrent révérence pour les faire connaître du pays. Le privilège, exorbitant pour un garçon de son âge et de son parcours, faisait grincer quelques dents au sein du parti au pouvoir, la République en Marche, où certains commençaient à observer avec circonspection celui qui y est régulièrement qualifié de « gommeux ». Posant en pantacourts et chemise blanche, verre de rosé aux côtés de ses pieds nus, fixant avec assurance la caméra sur les rebords de la Seine, il faut dire que Gabriel Attal apparaît quelques peu trop conscient de son pouvoir, trop assuré d’une aura que personne jusqu’alors ne lui devinait, alors que beaucoup peinent encore à comprendre les ressorts d’une ascension fulgurante que les médias s’obstinaient à attribuer à un charisme pourtant difficile à deviner. Alors qu’Attal ouvre son cœur et disserte aimablement sur son goût pour Orelsan, Fort Boyard ou encore sa maison dans la très chic Île-aux-moines l’un de ces « ghettos pour le gotha » où, entre autres personnalités, Daniel Bilalian et Danielle Darrieux croisent riches financiers en quête d’iode et d’entre-soi, des députés s’interrogent et commencent à s’agiter. Gabriel Attal lui est ravi de cette intronisation people annonciatrice, au cœur de l’été, de lendemains chantants.

Quelques mois plus tôt, le jeune intrigant faisait une première apparition remarquée dans la matinale de France Inter. Ce privilège rare, qui permet de s’adresser à l’ensemble du pays, n’est offert qu’aux plus chevronnés des politiciens. Censé incarner l’aile gauche de La République En Marche, puisqu’issu du Parti socialiste, il y dynamitait pourtant avec morgue et violence les « bobos gauchistes » de sa génération qui occupaient les facs pour s’opposer à Parcoursup et s’attaquait avec violence à la grève des cheminots, exhumant pour cela un terme d’extrême-droite, la « gréviculture » qui parsèmerait la France, dénonçant leur mobilisation et plus généralement, celle d’un pays incapable de se réformer. Sidérant ses interlocuteurs, le nouveau porte-parole de La République en Marche s’intronisait à 28 ans auprès du grand public sans ambages, montrant d’évidence qu’il n’était pas là pour faire de la figuration. Le Monde avait beau l’étriller dans la foulée par la plume de Laurent Telo et les auditeurs montrer leur furie, Gabriel Attal en remettait une couche quelques semaines plus tard. Reprenant les éléments de langage de la majorité, il défendait avec aplomb la réforme Parcoursup dans l’émission On n’est pas couchés, s’en attribuant la paternité sous le regard bienveillant de Laurent Ruquier et étranglé de ses invités. Sa première intervention à l’Assemblée nationale, hésitante et doublée d’un sourire satisfait qu’il n’avait eu de cesse de tenter de réprimer, revenait à la mémoire de certains qui lui rappelaient qu’il n’avait jamais, jusqu’à son entrée en politique, eu à travailler. Attal, sans se démonter, disqualifiait ses opposants, renchérissait, se montrant capable à un âge où l’on attendait sympathie et modestie de cette mauvaise foi qu’aux oubliettes le Nouveau monde avait promis de basculer. Malgré des réactions virulentes, le nouveau porte-flingues du parti présidentiel, comme délié de tout surmoi, couronné par cette nouvelle célébrité télévisuelle, n’hésiterait pas à surenchérir les mois suivants, jusqu’à s’ériger en héraut de la majorité pendant l’affaire Benalla, puis devenir le porte-flingues du gouvernement lorsque les gilets jaunes feraient trembler Emmanuel Macron. Mais d’où provenait un tel aplomb et une telle assise que rien ne semblait venir nourrir sur le fond ?

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Un "voyageur à domicile" en quête d'un changement de civilisation, mais qui n'attend pas "le monde d'après" pour commencer à vivre.