Le peuple grec, une épine dans le talon d’un totalitarisme financier vacillant

La pression de la finance internationale sur le vilain petit canard grec est à son comble. Promesse d’aide aussitôt retirée, repoussée, conditionnée, menaces de moins en moins voilées, voyages comminatoires des émissaires du FMI…


Et puis cette attitude si servile d’un pouvoir « socialiste » grec de plus en plus coupé de sa population. Ah, ce vote de confiance du Parlement grec à son gouvernement quand la rue gronde et que les rapports sociaux n’en finissent pas de se disloquer dans le pays !

Que n’entend-on pas, sur le pauvre canard, pour le couper du reste de la basse-cour européenne, pourtant guère mieux en point : ce tricheur qui a vécu au-dessus de ses moyens, qui a transformé la fraude fiscale en sport national…

Piquant quand on sait que les donneurs de leçon ne sont même pas fichus de mesurer l’étendue de la dette du maître américain, quand on sait comment les mêmes s’ingénient à maquiller leurs chiffres officiels du chômage, quand pour un gain de croissance de 1%, il leur faut en emprunter quatre fois plus, quand on connaît les excès qui ont amené la crise des subprimes de 2008…

Un totalitarisme équivalent au fascisme et au stalinisme

« On voit qu’il ne manque plus qu’un petit effort et quelques lettres en plus pour le désigner pour ce qu’il est vraiment : un totalitarisme » (Bernard Langlois, visionnaire, dans Politis en novembre 2005)

Vous avez dit « totalitarisme » ? Il suffit de comparer le nombre des victimes, l’immensité des dégâts commis ces trente dernières années par ce système sans scrupules, la façon dont il s’en prend aujourd’hui à ses propres populations, pour comprendre que celui-ci n’a aujourd’hui rien à envier à ses prédécesseurs historiques : le fascisme et le stalinisme soviétique.

  • ravages humanitaires commis au nom de la lutte du Bien contre le Mal, à Gaza, au Liban, en Irak, en Afghanistan… ;

  • soutien éhonté à des dictateurs sinistres pour s’approprier les richesses naturelles de pays satellisés de fait (Afrique) ou pour des motifs stratégiques (financement de Ben Laden contre l’occupation russe en Afghanistan, soutien à Saddam Hussein, au Hamas contre Arafat…) ;

  • dépénalisation de la torture chez le maître américain ;

  • dévastation de l’environnement, du climat, des ressources naturelles, au nom du « progrès » et de la croissance (financière), au mépris de la qualité de vie, des protections sociales et de la santé publique ;

Tout ceci sous quelle bannière ? Celle d’une prétendue démocratie censée refléter la volonté populaire, mais désormais simple paravent de plus en plus éventé, en pleine désaffection, totalement pervertie par les forces d’argent.

« On n’aménage pas un système totalitaire, on le combat »

Aujourd’hui, le vaisseau erratique tangue et prend l’eau de toute part. Car ce n’est pas contre la Grèce (ni contre l’Irlande ou le Portugal ou l’Espagne ou maintenant l’Italie) que ce totalitarisme est en lutte. C’est bien contre lui-même. Depuis 2008, les épines se multiplient et n’en finissent pas de s’infecter, la carcasse de se délabrer.

L’adoption d’un nouveau plan d’austérité en Grèce ? Fumée ! Pauvre, artificiel et impuissant gain de temps. Celui-ci aboutira à coup sûr au même cul-de-sac que le précédent. Tout en fragilisant les prêteurs… qui vont emprunter pour prêter !

Mais si la bête est au plus mal, elle garde, comme on le voit en Grèce, tout son pouvoir de malfaisance en ne reculant devant rien pour faire payer ses errements aux peuples eux-mêmes, fussent-ils les siens.

Problème, ceux-là ne s’en laissent plus compter. De l’Espagne à la Grèce en commençant par les pays arabes, voilà que l’indignation populaire se transforme en révoltes résolues. L’engrenage des deux ne pouvant que se renforcer à mesure que le délitement de la machine infernale s’amplifie.

L’issue de la bataille est incertaine. Mais sa justification est de moins en moins contestable, inévitable, vitale. Une organisation, fût-elle planétaire, qui sacrifie les individus à son système et à ses intérêts particuliers doit être mise hors d’état de nuire.

« On n’aménage pas un système totalitaire, on ne cherche pas à l’améliorer par petites touches, on le combat frontalement jusqu’à ce qu’il s’effondre » (Bernard Langlois)

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