Les « indignés » grecs décrochent un référendum sur l’austérité

"Indignés" grecsLes « indignés » grecs ont bien fait de suivre la leçon de leurs cousins espagnols de la Puerta del Sol. Ils sont en passe de remporter une première victoire d’importance. À bout de souffle et surtout de solutions, M. Papandréou, premier ministre hellène, vient de leur lâcher l’idée d’un référendum pour tenter de valider son énième plan d’austérité.

Vous me direz, il y était plutôt contraint, notre éminent dirigeant « socialiste », parce que c’est peu dire que son pauvre pays touche le fond du fond du trou.

Poudre d’illusion sans lendemains

Vendredi dernier, tout le gratin européen criait pourtant victoire : un accord avec l’Union européenne était plus que quasiment conclu, des milliards d’euros salvateurs étaient une fois de plus (presque) dans le sac. Moyennant juste ce fameux nouveau plan d’austérité, une peccadille !

Le lundi, patatras, tout ça ne se révélait que grossière poudre d’illusion pour gruger les marchés et les empêcher de jouer un coup en vache à la réouverture des places boursières. Le porte-parole du gouvernement allemand se chargeait de doucher les enthousiasmes et d’éteindre la lamentable mèche :

« Ce qu’il y a pour le moment ce ne sont pas des engagements, ce sont des opinions. Des paiements allemands doivent être décidés par des autorités allemandes, et c’est comme cela dans tous les pays. »

Du coup, la pauvre Grèce se retrouvait marri et le bec dans les ruines. L’unité de façade du PASOK (parti socialiste grec) se lézardait. La rue grecque grondait et montrait sa détermination par des défilés impressionnants tout au long du week-end.

Dos au mur, ne disposant que d’une majorité famélique à la chambre, le ministre Papandréou a fini par céder : son plan d’austérité passera par les fourches caudines d’un référendum populaire s’il n’obtient pas une majorité conséquente au Parlement fin juin. Ce qui a désormais toutes les chances de se produire.

Le spectre du syndrome islandais

Hé hé, j’en connais dans les coursives du Titanic financier international qui doivent drôlement serrer les fesses ! Parce que si maintenant on demande à la rue son opinion sur des affaires aussi sérieuses que la dette… Voyez pas que le menu fretin décide de ne plus passer à la caisse ! Bref, le syndrome islandais dans toute sa volcanique puissance. Avec probables effets de chaîne garantis.

C’est qu’un référendum, ça n’est pas du tout la même chose que des élections législatives portugaises où, malgré l’importance brûlante de l’enjeu pour chaque citoyen, quelque 42% d’électeurs ne se résignèrent pas à choisir entre deux partis proposant exactement la même politique insensée de sacrifices, pour sauver les banques qui les ont conduits dans la mouise.

Il est à lire nos médias microcosmiques pour comprendre combien la vieille élite est sonnée, hébétée, devant l’enchaînement des catastrophes qui piétinent sa toute puissance et ses certitudes d’antan. Au point de ne plus rien voir, rien entendre, ni rien comprendre.

Le cacochyme Figaro n’a-t-il pas été jusqu’à avoir cru remarquer ce week-end une « faible mobilisation à Athènes contre l’austérité » ?

Or voilà que la démocratie sort petit à petit des plateaux-télé et des instituts de sondage pour réinvestir les rues, les places, les agoras. Oh mais dites donc, l’agora grecque, n’est-ce pas là le berceau de cette idée démocratique monnayée aujourd’hui aux banquiers ? Un retour aux sources qui s’impose de plus en plus. Et vite.

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