Le G8 de Deauville sombre dans la parodie grotesque

Pourquoi tout ça ? Telle était la question, lancinante, que je me posais, tandis que ma voiture se morfondait comme bien d’autres à ce carrefour, en pleine campagne normande, sous la pluie, toutes bloquées par une maréchaussée sur les dents et humide.


Un convoi officiel du G8 en transit, nous prévint un pandore pour calmer l’exaspération qui montait.

Le lendemain, vendredi. Une file interminable de bagnoles paralysées sur une innocente départementale. Des gyrophares pour illuminer la guirlande scotchée sur le bitume. Des passages tonitruants d’hélicos pour solenniser l’évènement.

La caravane des importants, nous alerta-t-on, débarrassait les lieux.

C’est en écoutant l’autoradio de mon véhicule, pour tromper mon incommensurable ennui, que j’eus réponse à ma question. Un speaker y débitait la résolution finale de ce G8, placé sous la houlette d’un Sarkozy impressionnant d’insignifiance plastronnante (ah, cet e-G8 servi en apéro !).

Des fauchés de première pour soutenir le printemps arabe

La principale mesure annoncée consistait en une promesse d’aide de 40 milliards de dollars aux démocraties arabes naissantes. Marrant, la quasi totalité des maîtres du monde réunis à Deauville n’étaient-ils déjà eux-mêmes en sérieuse délicatesse avec leurs propres finances ?

Les États-Unis du falot Obama n’avaient-ils pas pulvérisé le quota de leur endettement légal ? N’en étaient-ils pas réduits, en attendant un accord de plus en plus hypothétique sur un éventuel déplafonnement de cet endettement, à ne même plus pouvoir alimenter correctement leurs propres caisses de retraites publiques ?

Et les Européens, ballotés qu’il étaient de défaillances grecques en gadins irlandais ou portugais, alarmés par de sinistres craquements espagnols et maintenant italiens, où allaient-ils trouver les ressources pour financer des mouvements populaires qui d’ailleurs se souciaient d’eux comme d’une guigne ?

Je ne sais pas, moi, je serais un démocrate révolutionnaire arabe, je me poserais mille questions sur la réalité de ces promesses fumeuses. Et sur ces manœuvres grosses ficelles pour récupérer leurs mouvements.

Vade reto, Kadhafi !

Il y eut aussi l’inénarrable injonction officielle délivrée en grandes pompes par ces qui-de-droit pathétiques à leur ancien et opportun interlocuteur devenu embarrassant : Kadhafi, dégage !

Sûr que celui-là, qui résistait depuis des semaines à des bombardements de plus en plus pressants, allait obtempérer à ces quelques sommations mondaines !

D’autant que nos impuissants puissants désignaient comme médiateur impromptu… la Russie, ce modèle de démocratie, qui s’empressa d’ailleurs de distinguer son ancien protégé libyen de son toujours allié syrien, ce qui augurait bien de ses arrières-pensées désintéressées !

La crise financière, quelle crise financière ?

Quoi d’autre à l’issue de ces agapes désolantes, dans ce fatras si convenu d’intentions creuses ? Bof, rien ! Ah si, quasiment aucune évocation de la crise financière, ni des solutions à lui apporter.

Comme si nos puissants décatis, sonnés, avaient déjà abandonné la partie de ce côté-là, faisaient comme si de rien n’était, et se contentaient de mimer entre eux le temps révolu de leur époque grandiose.

Tenez-vous bien, bonnes gens, révolutionnaires démocrates, nous allons vous inonder de nos milliards bien sentis !

Auto-parodie absurde, valse loufoque de pantins velléitaires, opérette politique grotesque de série Z … Voilà ce qui me trottait dans la tête tandis que dans la file toujours immobilisée, un automobiliste excédé exigeait de pouvoir planter là son véhicule pour regagner son champ, à quelques centaines de mètres, et donner enfin à ses vaches le fourrage qui leur manquait.

« Y en a marre de ce bordel ! » clamait cet original « indignado » de circonstance.

La réponse fusa, inédite, des rangs de la maréchaussée soi-même :

« Ça, c’est le moins qu’on puisse dire ! »

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