31 mars 2011 : mon dernier comité d’entreprise

Le jeudi 31 mars 2011 fut un jour un peu triste pour moi. J’ai assisté à mon dernier comité entreprise en tant qu’élu. Nouvelles élections en cours. Pour la première fois depuis vingt-quatre ans, je ne figure pas sur les listes.

Une décision volontaire. Pourtant, nul désaccord avec mes vieux camarades. C’est juste que depuis quelque temps, je ne me sentais plus à ma place dans cette enceinte parisienne confinée, dans ce rituel mensuel. Je n’y trouvais plus mon utilité, vous comprenez ?

Dépossession

Depuis la fin des années quatre-vingt-dix, il y avait eu cette dérive dans les rapports de force. Une sorte de dépossession sournoise, un engourdissement. Des rapports de force comme figés dans un temps révolu.

En face de nous, de moins en moins de réponses directes à nos questions. Juste des gens qui devaient « en référer » avant de nous faire part de leurs décisions. En fait, c’était de plus en plus du « cause toujours, tu m’intéresses », oui !

Ce 31 mars 2011, eux aussi étaient là, ceux d’en face. Toujours aux mêmes places dans la grande salle sans fenêtre. Comme si chacun ne pouvait connaître de l’autre qu’un seul angle précis de son profil. Le même âge que nous. La même vie ?

Le premier comité d’entreprise en vingt-quatre ans où je n’ai pas ouvert la bouche.

Vin blanc, cacahouètes et bretzels

Par contre, j’ai apporté des bouteilles ! Les départs à la sauvette, les ruptures par usure ou abandon, c’est pas trop mon truc. Mes amis, eux, repiquaient au jus.

Nous nous sommes retrouvés dans le bureau du comité, entre nous. Nous avons sorti les gobelets plastiques, les cacahouètes et les bretzels.

J’ai essayé d’expliquer les raisons de mon départ, mon engagement désormais en dehors du cadre de l’entreprise, mes petites chroniques de yéti.

Eux évoquèrent leur autre rôle, le seul qui leur restait, celui des tâches au quotidien, si ingrates et si indispensables. Le CHSCT, la gestion des petites et grandes frictions au sein des services, le soutien aux salariés en difficulté, les activités culturelles, le « coffret de Noël » et les chèques-rentrée pour les enfants…

Il était temps que je regagne ma province, j’habitais trop loin de Paris pour prendre ma part du quotidien. Dans l’ascenseur, quelques âmes furtives, souvent très jeunes, des saluts du bout des lèvres, des regards ailleurs. La dernière élection de leurs « élus » (numérique, une première) a livré son verdict : 62% d’abstention.

Une putain de saloperie de petite boule me bouffait la gorge. Mais le petit « costières de Nîmes » partagé un peu plus tôt était fichtrement agréable.

A propos de Pierrick Tillet 3645 Articles
Un "voyageur à domicile" en quête d'un changement de civilisation.