Cantonales : un « front républicain » EELV/FG aurait devancé l’UMP

Outre la victoire éclatante de l’abstention (zéro élu) et la « petite finale » gagnée par une gauche poussive contre une droite essoufflée, deux choses frappent à l’issue de ces deux tours d’élections cantonales :

  • au premier tour, une alliance EELV/Front de gauche serait arrivée en seconde position derrière le PS, devant l’UMP et le FN ;
  • au second tour, le front républicain anti-FN s’est effondré et les « bleu Marine » progressent fortement dans les 394 cantons où ils se sont maintenus.

EELV et le FG réunis auraient créé la sensation au premier tour

C’est Daniel Schneiderman qui m’a mis la puce à l’oreille. Quoi ? Comment ? Le FN « triompherait » en perdant des voix par rapport aux cantonales de 2004 ? Me suis penché sur les chiffres et quel ne fut mon étonnement…

D’abord, si l’on compare les premiers tours de 2004 et de 2011, on constate que, abstention aidant, le FN n’est pas le seul, loin de là, à perdre des voix. Mais que d’autres, abstention ou pas, progressent malgré tout sans désemparer. Regardez bien :

  • UMP : – 1 020 187 voix
  • PS : – 941 558 voix
  • FN : – 110 213 voix
  • EELV : + 250 750 voix ( ! )

Vous remarquerez que le Front de gauche ne figure pas dans ce comparatif. Pardi, ni le FG, ni le parti de Jean-Luc Mélenchon n’existaient en 2004. Mais qu’est-ce qui m’a pris de voir ce qu’aurait donné, toujours au premier tour, une alliance entre EELV et le FG ? Asseyez-vous et jetez un coup d’œil sur les résultats (chiffres officiels) :

  1. PS : 2 284 967 voix
  2. EELV/FG (PCF + PG) : 1 570 289 voix (et je ne compte pas les candidats FG classés « divers gauche » ! )
  3. UMP : 1 554 744 voix
  4. FN : 1 379 902 voix

Oh mais dis donc, la donne aurait été complètement bouleversée si ces deux nouilles irresponsables (EELV et le FG) ne s’obstinaient pas à se la jouer perso en toute inconséquence ! Résultat : c’est le FN, gagnant petit bras, qui fait le buzz médiatique ! Bravo les gars, bravo le « front républicain » !

Le front républicain se désagrège au second tour

L’enseignement du second tour laisse une boule dans la gorge. Le « front républicain », déjà chancelant d’entrée, s’est lamentablement effondré et le FN enregistre une forte progression de ses voix, entre le premier et le second tour, partout où il s’est maintenu.

Faut-il s’en étonner ?

  • quand la droite ne défend plus de valeurs, mais des intérêts privés bien compris ;

  • quand la « gauche » socialiste n’a pour tout projet que des positions et des postes à sauvegarder (même pas fichue de remplir cinq conditions de base pour garantir les droits de l’homme les plus élémentaires : se nourrir, s’habiller, se loger) ;

  • quand « l’autre gauche » au sens large (suivez mon regard vers les nouilles) continue à se perdre en chamailleries imbéciles.

Comment voulez-vous espérer un sursaut du “peuple” dans ces conditions ? Le peuple est sonné, déboussolé par cette Grande Crise qui met à bas ses certitudes consuméristes et sa foi chevillée en une perpétuelle abondance. Quelles pistes pour les citoyens affligés, en l’absence de réponses à leurs angoisses, sinon l’abstention dégoutée ou s’accrocher à d’ultimes branches d’illusion ?

Le Front national, un réflexe régressif et morbide de survie

Le Front national, lui, a des idées, des valeurs et un programme. Que ses idées régressives soient détestables, que ses valeurs n’aient jamais conduit qu’au pire, que son programme irréaliste soit voué à l’échec, ne changent rien à l’histoire.

Les “bleu Marine” apparaissent comme l’ultime planche de salut aux naufragés hébétés. Un réflexe convulsif morbide de survie qui touche tous les pays du bloc occidental quasiment sans exception.

Et qui continuera tant que forces politiques et corps social n’auront pas admis l’agonie irréversible du système dans lequel ils pataugent, tant qu’aucun ne se sera enquis d’y trouver une parade, tant que nos prétendants à la gouvernance se comporteront en gamins immatures.

Voilà pourquoi les idées d’extrême droite progressent à mesure que l’Empire triomphant bat de l’aile. Elles sont aujourd’hui au déclin occidental, ce que l’islamisme obtus est, ou plutôt fut, à un monde arabe en perte de repères et d’espoir. De la mauvaise herbe sur nos ruines et nos vides.

Mais le monde arabe, lui, vient d’entamer sa révolution en s’affranchissant de ses démons rétrogrades. Notre société transie continue, elle, à jouer avec le feu au bord d’un désolant précipice.

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Un voyageur à domicile en quête d'une nouvelle civilisation.