Nucléaire : un discours officiel français irresponsable !

Indécrottables ! À l’exception d’Europe écologie-les Verts et du Parti de gauche, l’ensemble des responsables politiques français (UMP, PS, PCF) vole d’un seul porte-monnaie bien garni au secours du nucléaire national, menacé par les retombées médiatiquement radioactives de la tragédie japonaise.

Et les médias microcosmiques de leur embrayer le pas avec l’aide opportune des « spécialistes » de circonstances. Le journal de David Pujadas sur France 2, le mercredi 16 février, valait son pesant de propagande agit-prop.

Une ahurissante propagande

La lourdingue cohorte des propagandistes officiels bombarda son discours avec la grâce délicate d’un rhinocéros en rut.

En gros :

  • « Nous avons fait un choix [le nucléaire, ndlr] et on ne remet pas en cause des choix aussi importants pour l’indépendance de notre pays » (Nicolas S., président de la république, 16 mars) ;
  • « sans le nucléaire, les prix de l’énergie exploseraient » (Jean-Marc Jancovici, « spécialiste ») ;
  • « avec le réacteur EPR, il n’y aurait pas de fuites radioactives au Japon aujourd’hui » (Anne Lauvergeon, directrice d’Areva, 16 mars) ;
  • « il pourrait y avoir des retombées radioactives dans l’hémisphère Nord et en petite partie en France mais sans risque sanitaire » (Nathalie Kosciusko-Morizet, ministre de l’Écologie, 16 mars) ;
  • « nous tirerons enseignement des déboires japonais pour renforcer la sécurisation de nos installations » (tous en chœur).

Renforcer comment ?

« Ah, les cons ! On fait comment pour simuler ça ? On secoue très fort la centrale ? » (Alain Pacifique, commentateur sur Rue89, 15 mars).

Une suite tragi-comique de déclarations naufragées

Oui, on voudrait pouvoir rire de ce déluge de déclamations grotesques. Comme on pourrait aligner la litanie de stupidités incohérentes, contradictoires, proférées par les mêmes gloseurs, ces derniers jours, à mesure que la catastrophe de Fukushima révélait son ampleur.

  • « C’est un accident grave mais ce n’est pas une catastrophe nucléaire. Ça n’a rien à voir avec Tchernobyl. » (Éric Besson, ministre de l’Industrie et de l’Énergie, 13 mars) ;
  • « Je crois qu’on va éviter la catastrophe nucléaire au Japon » (Anne Lauvergeon, 14 mars, France 2) ;
  • « Les particules radioactives peuvent se répandre sur quelques centaines de kilomètres, mais Tokyo [206 km de la centrale Fukushima, ndlr] est à l’abri du danger » (un « spécialiste » dont on préférera ignorer le nom, sur France Inter, 17 mars).

Ceux-là mêmes qui viennent d’étaler au jour le jour toute l’étendue de leur ignorance et de leur incurie, prétendent aujourd’hui pouvoir « sécuriser » les installations nucléaires ! « Spécialistes », journalistes-vedettes du microcosme, politiques, UMP, socialistes, communistes…

Et jusqu’à ce représentant du Front National, parti pourtant si prompt à ferrailler contre toute insécurité, qui, ce 17 mars au matin sur France Culture, attribua la responsabilité de la catastrophe japonaise… aux écologistes, coupables de retarder les recherches en matière de sécurité !

Des irresponsables dangereux

Disons-le tout net, ces gens-là ne sont pas seulement irresponsables mais extrêmement dangereux pour leur pays et leurs concitoyens.

N’est-ce pas les mêmes qui, dans les années soixante, avec la même criminelle assurance, adoubèrent des essais nucléaires à ciel ouvert dans les déserts nord-africains ou sous le soleil polynésien ? Sans le moindre souci de la faune et de la population autochtone.

Tellement dérisoires dans leurs arguments économiques et financiers (eux qui trouvèrent en un tournemain des dizaines de milliards pour sauver leurs banques) ! Qui font fi de toutes autres solutions alternatives au prétexte qu’ils n’y ont pas pensé ou qu’elles sont moins rentables ou qu’il leur faut écouler leur marchandise actuelle avant !

Écoutez-les, vous allez maintenant les entendre vibrionner avec force trémolos sur l’héroïsme et l’esprit de sacrifice des « liquidateurs », ces malheureux kamikazes qui essaient d’éteindre les ravages causés par d’autres dangereux criminels irresponsables.

Non, la France ne craint sans doute pas de séisme ou de tsunami comparable à ceux du Japon. Mais les risques de tsunamis humains, les ont-ils entrés dans les paramètres sur la sécurisation de leurs établissements nucléaires ? Je ne parle pas ici seulement des risques terroristes, de la sacro-sainte menace « islamiste ». Mais aussi de leur insigne et incontrôlable bêtise à eux, en panne manifeste de refroidissement.

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