Japon : quand la nature balaie l’arrogance humaine

DésarroiIl y eut donc trois calamités pour frapper le Japon. Un tremblement de terre, suivi d’un tsunami, tous les deux d’origine naturelle. Puis cette catastrophe nucléaire relevant, elle, des limites de l’arrogance des hommes à vouloir dominer les éléments.

Ce qui importe, finalement, n’est peut-être pas la description clinique de ces trois terribles enchainements. Mais la façon dont ils furent reçus par une collectivité humaine frappée de plein fouet dans sa chair et ses vanités.

Sidération et fascination

D’abord cet effet de sidération incrédule devant l’impensable, l’inimaginable. Comme si ne pouvait nous advenir que ce que nous avions préalablement envisagé ou imaginé.

Crime de lèse-majesté que ces colères naturelles imprévues, dépassant l’entendement, capable de déplacer de 2,4 mètres en quelques heures une île lourde d’environ 127 millions d’habitants.

À la sidération se mêlait une fascination presque enfantine devant l’ampleur de ce qui arrivait. À quoi pensaient-ils ces citoyens japonais qui, de leurs balcons, à quelques mètres du monstrueux déferlement d’eau et de boue, n’eurent d’autre réflexe que de filmer et de photographier ces scènes apocalyptiques avec leurs téléphones portables :

Déni et méthode Coué

Bien vite vint cependant le moment un brin pathétique du déni, de la relativisation artificielle et des assurances forcées à bon compte, non dénuées de préoccupations vénales, face à tout ce qui concernait les défaillances nucléaires et la remise en question d’une industrie impuissante à les maîtriser.

« C’est un accident grave mais ce n’est pas une catastrophe nucléaire. Ça n’a rien à voir avec Tchernobyl » (Éric Besson, ministre français chargé de l’industrie et de l’énergie, dimanche 13 mars)

« L’électricité nucléaire bien maîtrisée reste une bonne énergie décarbonée qu’il ne faut pas abandonner » (Nathalie Kosciusko-Morizet, ministre française de l’écologie)

« La France va tirer les enseignements utiles des événements au Japon » (François Fillon, premier ministre français)

Camouflets en cascade

Mais la réalité cette fois s’obstine à balayer ces certitudes déjà bien vacillantes. Le tsunami des révélations emportent les ultimes illusions de puissance. Autant de camouflets en cascade à nos illusions :

« Des rejets radioactifs très importants se sont produits simultanément à l’explosion samedi du bâtiment du réacteur n°1 de la centrale de Fukushima » (Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire – IRSN)

« Le système de refroidissement du réacteur 2 de la centrale nucléaire de Fukushima est en panne » (opérateur Tokyo Electric Power – Tepco)

 « État d’urgence décrété dans une deuxième centrale nucléaire touchée par le fort séisme qui a frappé le Japon vendredi et où un niveau élevé de radioactivité a été enregistré » (Agence internationale de l’énergie atomique – AIEA)

Et puis, dans la nuit du dimanche 13 au lundi 14 mars, ces sinistres nouvelles explosions tant redoutées dans le réacteur 3 de la centrale maudite de Fukushima…

Désarroi, effroi et réactions dérisoires

Désarroi et effroi prennent le pas sur la stupéfaction. Le vernis des rodomontades et des faux espoirs craque.

« Une catastrophe ne peut être écartée… totalement » (Éric Besson, lundi 14 mars)

On remarquera que les deux cataclysmes naturels initiaux (séisme et tsunami) ont cédé place à une calamité qui ne met plus aux prises que les hommes avec eux-mêmes et leur folie (nucléaire) des grandeurs.

L’issue du combat ? Incertaine. Une prise de conscience salutaire ? Incertaine. Quoiqu’il advienne désormais, une seule certitude : l’impression que de ce côté-là non plus, les hommes ne maîtrisent plus vraiment leur destin. Et n’ont plus que quelques réactions dérisoires et pathétiques à déployer :

« La banque centrale injectera d’importantes quantités de liquidités dans le secteur bancaire dès lundi, sans doute 2 000 à 3 000 milliards de yens (220 à 340 milliards d’euros) » (Masaaki Shirakawa, gouverneur de la Banque du Japon – BOJ)

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