Front national : notre pays va-t-il boire le calice jusqu’à la lie ?

Regardez bien, citoyens, citoyennes, un pays frappé par une Grande Crise va bien au-delà d’un simple naufrage financier ou économique. La débâcle est aussi, et surtout, morale. Ruée éperdue vers l’abîme d’un peuple frappé par le désarroi ?

Regardez bien. Ce sondage, qui donne comme triomphatrice du premier tour de la prochaine présidentielle de 2012 une Marine Le Pen, icône de la plus désolante des régressions fœtales, nous tous (moi, le premier) aurions voulu le croire pipé, animé d’intentions médiatiquement malveillantes.

Pensez, rien d’autre qu’une vulgaire entreprise visant à imposer un vote utile entre deux candidats institutionnellement convenus, par distillation de la peur et d’un réflexe de rejet envers un(e) troisième ! Des sondés payés qui plus est par l’institut de sondage !

L’irrésistible montée en puissance des forces régressives

Je crains cependant qu’il y ait un méchant grain de sable dans cette construction intellectuelle façon Coué. Le phénomène désagrégatif, en apparence conjoncturel, ne peut être isolé d’un processus bien plus ancien.

Celui-ci a débuté il y a déjà bien longtemps, premiers craquements sinistres, avec l’émergence du Front national de Jean-Marie Le Pen dans les années quatre-vingt. Montée en puissance jamais démentie au fil des présidentielles suivantes :

  • 1988 : 14,38% des voix au premier tour
  • 1995 : 15%
  • 2002 : 16,86% (éligible au second tour)

L’intermède du fils spirituel

Il y eut bien sûr le trou d’air de 2007. Mais au profit de qui ? Un fils spirituel immature, pâlichon et surexcité.

Celui-là obtint le pouvoir et l’on vit ce qu’il en fit : un batifolage par le vide et le dépeçage social ; une litanie de caprices de sale môme et de foirages péteux ; une glauque répétition des pires heures de notre histoire avec ses centres de rétention et des préfets à la triste manœuvre.

Nous voilà aujourd’hui face à la farce d’un parfait non-choix entre :

  • un sortant grillé ;
  • l’un ou l’autre des prétendants « socialistes » ne dissimulant même plus leurs accointances avec le monde interlope du premier ;
  • et la fille du grain de sable, tout sourire épanoui devant l’aubaine.

À ce point du raisonnement, on serait tenté de tailler quelques vachardes croupières à ces trois emblématiques représentants… du peuple ! Au rôle dépravé des élites qui les défendent mordicus pour sauver leurs privilèges.

Le peuple en échec ?

Mais justement, le problème à régler, ce n’est pas eux, les icônes emblématiques, mais bien le peuple lui-même. Qui au fil de ces dernières années s’est laissé refiler n’importe qui, n’importe quoi, a cédé à toutes les poudres de perlimpinpin, a précipité son déclin par trouille et refus d’admettre les criantes réalités.

Car, dans nos démocraties, même perverties, c’est bien le peuple qui au final décide de ses dirigeants. C’est de lui qu’est censé sortir le sang neuf des nouveaux guides politiques ou intellectuels.

Anne, sœur Anne, ne vois-tu rien venir ? Euh, ben… quelques nonagénaires indignés, s’échinant à tracer la Voie, une poignée d’esprits éclairés mais en marge (Paul Jorion, Emmanuel Todd…).

Le pire n’est jamais sûr… mais rôde alentour

Manipulé, le bon peuple ? Trop facile ! Même ça serait de sa responsabilité. N’est-il pas adulte, DONC responsable ? On ne peut en permanence se réclamer de sa volonté et le disculper d’avance de toutes ses dérives.

Bien sûr, sa partie la plus émergée regimbe, crie son indignation et sa répulsion, se dit que ce n’est pas possible, que tout ça est un mauvais rêve, que les masses molles immergées vont se ressaisir, qu’en interdisant les sondages assassins…

S’accroche à quelques bribes d’espoir nouveau : Eva Joly qui pour l’heure persiste dans l’inaudible, Jean-Luc Mélenchon encore trop assourdissant par ses éclats à l’emporte-pièce pour être compris et admis du grand nombre.

Oh, comme je voudrais que ce billet soit lui aussi un mauvais cauchemar ! Dont l’intelligence humaine, la vraie, sortirait enfin réveillée, comme par miracle, les yeux décillés. Après tout (se console l’optimiste tragique), le pire n’est jamais sûr. Même s’il rôde sacrément alentour.

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