Profits et bonus 2010 : derniers dépeçages avant inventaire ?

Le rire de la hulotteQuelle différence entre la folie d’un Kadhafi déclarant en pleine guerre civile qu’il a le soutien de tout son peuple, et la jubilation d’entreprises du CAC40 annonçant la « reprise » de profits records (+85% !) dans un pays aussi manifestement en faillite que ne l’est la France ?

Bon d’accord, la différence est que le premier fait bombarder sa propre population quand les seconds se contentent de lui vendre matériels et munitions pour y parvenir.

Mais comment expliquer une hausse des profits de 85% en 2010 quand la croissance se traîne à un amorphe +1,5% (avant correction), quand la consommation des ménages reste désespérément atone, quand les queues s’allongent aux portes des Restos du cœur, et que la précarité et le chômage explosent ?

Comment justifier la gabegie une nouvelle fois renouvelée des bonus dans des circuits financiers où l’investissement dans l’économie réelle est devenu le dernier des soucis ?

Sauver les apparences coûte que coûte

Sur le point du chômage, vous remarquerez que nos autorités ne prennent en compte que le chômage INDEMNISÉ. En février 2011, si l’on se vanta dans les ministères de compter 19 300 chômeurs indemnisés de moins (en classe A), on omit de préciser qu’il y eut le même mois 26 700 radiations artificielles de plus (défaut d’actualisation, radiations administratives…).

Sur la bonne santé retrouvée des banques, on s’amusera de la façon dont le banquier Charles Sannat (chargé d’affaires à BNP-Paribas) tordit sans façon le cou à cette illusion : « vous allez adorer le film “La Crise II” ». Et on se rappellera qu’à la veille de frôler le cimetière en 2008, les mêmes vantards affichaient aussi une santé insolente.

Quant aux fabuleux profits des entreprises du CAC40 en période de stagnation, on n’aura aucun mal à démontrer qu’il proviennent essentiellement de multiples coups en vache sur les fameux « frais de fonctionnement », c’est à dire sur le dos des bêtes de somme salariée ou fiscalisée : plans sociaux, non remplacements des départs, délocalisations, cadeaux fiscaux (suppression de la taxe professionnelle)…

Aussi dingues que des Kadhafi

« Mais alors pourquoi cette fuite en avant suicidaire dans l’accumulation de profits et de bonus totalement improductifs ? »

Pulsion de rapaces goulus, courlis besogneux. On dépèce la bête avant qu’elle ne pourrisse. On s’arrache ses oripeaux. Et « alea jacta est » pour ce qui est du reste. Je me rappelle ce grand patron du CAC40 déclarant à des représentants syndicaux médusés :

« Il n’y a plus de long terme, plus de moyen terme, seul existe le très très court terme. »

« Dingues, ils sont aussi aussi dingues que des Kadhafi ! »

Tout à fait, taupe clairvoyante. Le pire est qu’ils le savent mais qu’ils sont prêts à tout pour sauver leurs pouvoirs et gonfler leur magot : le premier en lançant ses chars contre sa propre population, les seconds en détruisant leur propre espace de vie. Ah, cette histoire de gaz de schiste, tu vas voir qu’ils n’y résisteront pas !

La solution tient à chacun d’entre nous

Le problème, c’est que nous, nous ne sommes pas encore des Libyens, ou des Tunisiens, ou des Égyptiens exaspérés. Même pas des citoyens américains du Wisconsin.

Nous n’avons pas encore atteint ce degré d’intolérable et d’insupportable qui seul fait bouger les foules. Une grande majorité d’entre nous s’accroche aux lambeaux d’une splendeur passée qu’elle veut croire envers et contre tout impérissable. Au point de gober le moindre signe tordu d’espoir de rémission. Au point de sombrer, nous dit-on (les sondages !), entre les bras nauséeux des forces régressives.

« Hoooouu purée, on est mal, là, alors ? »

Bof, pas tant que ça, hulotte frémissante. J’ai bien précisé : « une grande majorité d’entre nous ». Dans les périodes de grandes crises, les solutions ne tiennent plus aux molles majorités, mais aux minorités agissantes.  Chacun d’entre nous a son destin en mains s’il parvient à s’extirper des généralités anesthésiantes du moment.

« Il paraît que des centaines de milliers de réfugiés tunisiens, égyptiens, libyens se pressent à nos frontières. Chouette, on va leur demander conseils, hou hou hou ! »

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Un "voyageur à domicile" en quête d'un changement de civilisation.