Réseaux, idées et insurrections (réponse à Paul Jorion)

((/public/.Paul_Jorion_m.jpg|Paul Jorion|L|Paul Jorion))Cher Paul Jorion, je vous ai trouvé bien pessimiste et sombre dans votre dernier [Temps qu’il fait|http://www.pauljorion.com/blog/?p=21009] du vendredi 4 février. Vous y évoquez la limite des réseaux sociaux et les incertitudes des insurrections tunisiennes et égyptiennes.

* Sur la fragilité des réseaux sociaux :  »« il suffit de couper l’électricité » » * sur les insurrections en Tunisie et en Égypte :  »« ce sont surtout les idées qui manquent » ». ///html

/// !!Les réseaux sociaux ne se limitent pas à l’Internet Comme on peut le voir en Égypte, “couper l’électricité” ne suffit manifestement pas à interrompre la communication entre les hommes. D’abord parce que c’est une arme à double tranchant. Couper Internet bloque aussi le fonctionnement des banques, des entreprises, des administrations. Et selon l’OCDE, l’Égypte vient de perdre 90 millions de dollars en cinq jours. Le phénomène d’interdépendance a joué à plein dans ce cas d’espèce. Ensuite, parce qu’Internet n’est pas le seul instrument de communication. Reste les téléphones portables, les satellites… L’exemple égyptien est éclairant en la matière. Rarement, nous n’avons pu suivre une révolution aussi intensément. Quant à l’omni-surveillance du réseau, vous voulez savoir ? Je n’y crois pas un instant. À quoi leur sert-elle, leur surveillance, en Égypte, en Tunisie, en Afghanistan ? Ont-ils “vu” quoi que ce soit venir ? Trop de surveillance tue la surveillance, surtout quand de surcroît ceux qui surveillent se révèlent incapables d’interpréter les informations recueillies. !!L’histoire avance de façon plus empirique que rationnelle Je ne pense pas que l’histoire progresse de façon logique et rationnelle : les idées d’abord, puis éventuellement les révolutions pour les appliquer. Les choses me paraissent beaucoup moins “sages”, plus empiriques et, oui disons-le, plus chaotiques. Dans des situations de blocage inextricable, d’institutions figées, de pensées uniques sclérosantes, rien ne peut évoluer sans réactions radicales. Cela vaut pour des pays comme la Tunisie, l’Égypte et le reste du monde arabe en ébullition. Mais aussi, sans doute un jour, dans nos pays occidentaux sous l’asphyxiante férule financière. Par ailleurs, aucune insurrection n’est jamais menée sans arrière-pensées, donc sans idées. Bonnes ou mauvaises, c’est une autre affaire. Dans les exemples tunisiens et égyptiens, je suis frappé par la maturité, la clarté d’explication des insurgés. Point de slogans régressifs (islamisme), point d’incantations vengeresses contre un bouc émissaire quelconque (le Grand Satan occidental). Alors quoi ? Peut-être tout simplement, en l’état, une simple aspiration à un peu de liberté, d’égalité, de fraternité. Ce qui se passera ensuite tient, je l’accorde, de l’aventure et de l’incertitude. Nous savons bien que les forces qui s’opposeront ne sont pas toutes bienveillantes. Le mieux n’est jamais sûr, mais le pire non plus. La destinée de la collectivité humaine n’implique-t-elle pas une prise de risque ? !!La force des idées est indispensable mais insuffisante Je ne pense pas que la force de conviction des idées suffise à conquérir les forteresses établies. C’est je crois la grande faiblesse de nos raisonnements d’intellectuels que de le croire. De Stéphane Hessel à Edgar Morin en passant par Emmannuel Todd et sans nous citer, nous voulons nous convaincre que nous pourrons convaincre les élites en place de se rallier à la force de nos idées sans avoir à les renverser. Ça ne marche pas ! Depuis trois ans, nos « élites » à nous s’accrochent à leurs dérives. Et croyez-vous que les idées des Lumières auraient pu convaincre les Capétiens et triompher, si les Gavroche des rues et leurs barricades n’étaient venus renverser la monarchie ? Ce qui se passe aujourd’hui dans le monde arabe dépasse le simple stade du coup de sang aveugle. Il s’agit d’une lame de fond trop longtemps enfouie, trop longtemps retenue, d’un séisme qui se propage inexorablement. Les pouvoirs vacillent, perdent pied. Nos idées ne peuvent qu’accompagner ces secousses telluriques, pas les initier à elles seules, ni les tempérer. Continuons à les peaufiner, à les proposer sur les réseaux. Sans crainte des Big Brothers infatués, sans les opposer à ces pulsions populaires irrépressibles. Sans trop d’excessive et stérile prudence.

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Un "voyageur à domicile" en quête d'un changement de civilisation.