Stéphane Hessel : une personnalisation discutable de l’indignation

Dans la mesure où l’on peut admirer une personne sans être parfaitement d’accord avec tout ce qu’elle dit ou pense, qu’il me soit permis de m’interroger sur la pertinence de certaines prises de positions politiques de Stéphane Hessel, autour de son dernier opus à succès, Indignez-vous !

J’ai dit dit ici tout le bien que je pensais de Stéphane Hessel, de sa conduite publique impeccable et de son invitation salutaire à l’indignation. Je ne retire absolument rien de mon admiration.

Nulle intention non plus de remettre en cause ses choix affectifs concernant son intime conviction (sa préférence pour Martine Aubry, par exemple).

Néanmoins, peut-être peut-on se sentir en droit de discuter certains des arguments avancés par notre cher diplomate pour justifier ses prises de position. Deux cas emblématiques :

  • sa défense du personnage de Dominique Strauss-Kahn ;
  • sa prise de distance « idéologique » avec la démarche de Jean-Luc Mélenchon et de son Parti de gauche.

Deux argumentations très approximatives

« DSK a pris le FMI à un moment où il fallait le dénoncer, mais il est en train de le transformer assez utilement. On ne sait pas encore bien tout ce que DSK a fait. Par exemple, le FMI ne fait plus d’ajustements structurels, c’est un progrès. »

Je mets au défi Stéphane Hessel d’étayer ses propos par des exemples précis sur le sujet. Je m’étonne qu’il ne relève pas le rôle plus qu’ambigu du FMI au plus fort des crises grecques et irlandaises. Ni l’implication de DSK avec ces « féodalités économiques et financières » qu’il dénonçait encore lundi 3 janvier sur France Inter.

À rebours, on peut s’étonner de l’assimilation abusive opérée par Stéphane Hessel entre la démarche d’un Jean-Luc Mélenchon et une supposée idéologie d’extrême-gauche.

Que je sache, le leader du Parti de gauche a toujours pris grand soin de se revendiquer de l’esprit républicain et des valeurs démocratiques de notre pays. Au point de figurer comme honorable sénateur, puis député européen.

Un affaiblissement de l’appel consensuel à l’indignation

Nul ne saurait nier à tout citoyen le droit de prendre des positions politiques claires. Que Stéphane Hessel ait une préférence marquée pour la sociale-démocratie n’est un mystère pour personne compte-tenu de son engagement de longue date au sein du PS.

Mais on aurait pu souhaiter d’un personnage de son envergure et de sa notoriété, un peu plus de cohérence, de rigueur et de retenue dans les choix et les exclusions. La gravité de la crise que nous traversons implique ou impliquera un consensus qui dépasse les mesquineries partisanes.

Car enfin, Stéphane Hessel se réclame volontiers de la philosophie du Conseil national de la résistance (CNR). Or de qui était composé ce fameux CNR ? De socialistes, de communistes, de radicaux, de démocrates-chrétiens, de gaullistes… Sans distinction, ni préférence clanique.

En personnalisant, en sectorisant, en hiérarchisant le paysage politique de gauche dont il se réclame, Stéphane Hessel le rend à une dimension hexagonale un peu étriquée et affaiblit singulièrement la portée de son appel si consensuel à l’indignation. Dommage !

Mais bon, la perfection n’étant pas de ce monde, et une fois cette chamaille toute familiale évacuée, que Monsieur Hessel sache, si d’aventure il passe par là, qu’il est toujours cordialement invité à venir partager le pot de l’amitié et du respect (critique) avec ses humbles disciples.

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