2010 : rechute du capitalisme, émergence des contre-pouvoirs

Après une année 2008 cataclysmique, une année 2009 où l’on crut la maladie stabilisée, le système flageolant claironna que l’année 2010 consacrerait son lent rétablissement. C’est le contraire qui se passa : une rechute grave pour un capitalisme à l’agonie. Tandis que dans l’ombre, la résistance…

Union européenne en berne, reprise rachitique, social sacrifié

Le symptôme le plus frappant de cette rechute fut la désagrégation inexorable de l’Union Européenne (UE). Car il n’y a plus d’UE que dans l’imagination fiévreuse de ses dirigeants déboussolés.

Incapables de prendre la moindre mesure collective sérieuse, recroquevillés sur leurs intérêts particuliers, serrant les fesses et fermant les yeux, tous espèrent échapper au gadin général qui frappe déjà la Grèce, l’Irlande, le Portugal, l’Espagne…

Pendant ce temps-là, un peu partout :

* reprise rachitique achetée à prix d’or par encore plus d’endettement public ;
* retour de bâton marquant la fin des plans de relance (cf. les effets de l’arrêt des primes à la casse dans les filières automobiles) ;
* chômage toujours galopant quoi qu’ils en disent (France, octobre 2010 : 20 300 chômeurs officiellement inscrits en moins… mais 36 400 personnes radiées de Pôle emploi le même mois !)

Naufrage des sommets internationaux et de l’espoir Obama

Ce n’est pourtant pas faute, pour nos maîtres du monde, de se réunir à qui mieux mieux. De conciliabules deauvillais intimistes en G20 de Séoul foireux, de Copenhague désastreux en Cancun désolant, ils n’ont pas lésiné sur les pince-fesse médiatiques placebos.

Pour quoi ? Pour rien, encore du vent ! À peine foutus de pondre de vagues déclarations communes d’intention a minima, c’est-à-dire repoussant systématiquement aux calendes grecques toute décision concrète.

Un d’entre eux se sera fichtrement distingué dans la grande débandade de 2010 : Obama « we can », proprement mouché lors d’élections intermédiaires. Que reste-t-il de l’espoir que notre beau parleur avait suscité ? Des mots oubliés, des réformes vidées de tout contenues, quelques futures nouvelles colonies israéliennes au Proche-Orient, du vent !

Doivent bien se marrer, là-haut, les martiens, à contempler l’agitation affolée de nos tout petits puissants. Mais d’ici bas, c’est beaucoup moins rigolo : la planète court à l’« écocide », s’alarme le bolivien Morales devant l’enlisement du dernier sommet de Cancun.

Pays en marge contre machineries mondialisées

Avec quelques autres pays latino-américains, la Bolivie fait partie de ces quelques lueurs d’espoirs qui viennent éclairer notre horizon si chargé. Le président Morales ne s’est-il pas offert le luxe de ramener l’âge de la retraite de 65 à 58 ans, quand nous nous déchirions à rallonger l’échéance de la nôtre ?

D’autres pays se tiennent résolument à l’écart du tohu-bohu général et de cette illusion d’optique qui voudrait que toute solution à la Grande Crise ne puisse être que mondialisée.

Ainsi, de la Hongrie qui baffe le FMI. Et de cette Islande qui renaît doucement de ses cendres volcaniques et financières, après avoir renvoyé balader, sous pression d’un référendum populaire, les instances financières internationales éberluées.

Robin des bois du web

On ne saurait terminer ce tour d’horizon sans mentionner la montée en puissance des réseaux Internet. Nouveaux contre-pouvoirs redoutables contre le joug désastreux du capitalisme aux abois, seuls supports d’informations dignes de ce nom, lieux en devenir d’échange d’idées et de trocs que l’argent des gredins ne parvient pas à mettre sous sa coulpe.

Les esprits étriqués, les à-quoi-bonistes vaincus d’avance et les panicarts invétérés gloseront à l’infini sur les limites supposées de l’outil face au rouleau-compresseur du système.

Mais les réactions convulsives de celui-ci montrent que les coups portés par les WikiLeaks and co ont été suffisamment rudes pour ébranler ses certitudes et mettre à nu son insigne fragilité.

Rappelons-nous aussi que ce n’est pas le cupide roi Jean d’Angleterre (1166-1216) qui marqua l’Histoire. Mais bel et bien Robin des bois. Lequel sut mettre les seigneurs du moment face à ce qu’ils craignent le plus : la perte de crédibilité, le ridicule, la risée plébéienne…

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Un voyageur à domicile en quête d'une nouvelle civilisation.