Cantona j-1 : fébrilité maximum dans les milieux bancaires

Le moins que l’on puisse dire est que l’appel de Cantona a d’ores et déjà réussi un de ses paris : convaincre les milieux financiers (et peut-être aussi le public) de leur extrême fragilité. En témoigne l’incroyable fébrilité dont ont fait montre leurs divers représentants médiatiques à la veille du 7 septembre fatidique.

La Tribune cherche à se rassurer à répétition

Le 6 décembre, la seule Tribune a mis en ligne pas moins de huit articles allant de l’alarmisme à la révolte corporatiste, en passant par les placebos plus ou moins rassurants. Titres éloquents :

  • « L’effondrement du système financier : un risque réel »
  • « La banque, c’est la vie : renvoyez Cantona dans ses 18 mètres ! » (tribune de Stéphane Soumier, rédacteur en chef de BFM Business)
  • « Quand Canto marque un but » (chronique de Pierre-Angel Gay, directeur adjoint de la rédaction)
  • « Un monde sans banques ? »
  • « Retirer son argent n’est pas si facile »
  • « Cantona va-t-il faire sauter la banque ? » (titre de la une papier)

Il faut dire que le quotidien spécialisé avait toutes les raisons de s’angoisser : dans un sondage improvisé, 51% de ses lecteurs s’avouaient sensibles à l’appel de l’irascible footballeur !

La bête coquille des Échos

Le même jour toujours, son concurrent les Échos n’était pas en reste et tentait le discrédit osé (avec conditionnel de prudence) :

« Cantona aurait été très contrarié par une banque française et aurait décidé, pour la punir, de récupérer en liquide tout le fric qu’il avait stupidement laissé sur son compte. »

Avant que la nervosité de la rédaction ne débouche sur la bête coquille répétée à l’envie sur le web :

« Cantona jugé “groteste” [sic] par Baroin. »

La grande solitude des employés des guichets

Les syndicats de banque s’effrayaient :

  • « Une fausse bonne idée… le danger n’est pas totalement négligeable… comme au plus fort moment de la crise financière de 2008, [les directions des groupes bancaires] laissent ainsi une nouvelle fois leurs collaborateurs des réseaux et guichets faire face, seuls, aux interrogations de plus en plus fréquentes de la clientèle sur cette opération et ses possibles conséquences » (CFE-CGC)
  • « Des centaines de milliers d’emplois pourraient être mis en danger plus ou moins directement » (FO)

Que ne se sont-ils inquiétés précédemment des centaines de milliers de chômeurs, de ces millions de précaires et de nouveaux pauvres que leurs officines avaient déjà et vont encore jeter sur le pavé, si rien n’est fait pour enrayer leur avidité ?

Les banques : « même pas peur ! »

De son côté, le Figaro tentait de sauver préventivement les meubles en relayant l’appel de l’eurodéputé Pascal Canfin (Europe Écologie-Les Verts) et du collectif Sauvons les riches. Plutôt que de voir l’argent partir en liquide, ceux-là incitent le public à transférer son argent « des banques les plus nuisibles vers celles les plus recommandables ».

Et de citer parmi ces dernières (pub gratuite), la Banque postale, le Crédit coopératif et surtout la Nouvelle économie fraternelle (Nef). Les « nuisibles » apprécieront !

Inquiètes, les banques ? Mais pas du tout, vous n’y pensez pas ! Et toutes de reprendre en chœur le credo lâché deux jours avant par le Journal des finances :

« Cantona : les banques n’y croient pas. »

Si elles le disent ! Mais quoi qu’il se passe le 7 décembre, le mal est fait. Le footballeur Cantona aura encore mystifié les gardiens (du temple financier, cette fois). Et les aura un peu plus isolés de la population.

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