Gilets jaunes : « Pour dernière ressource, il vous les faudra tuer »

Gilets jaunes : « Pour dernière ressource, il vous les faudra tuer »

Mes auteurs du jour sont Sergio Coronado, des Gilets jaunes anonymes, l’Abbé Pierre et, horreur et consternation ! le royaliste François-René de Chateaubriand.

Parfois je suis découragé devant les salves de critiques venues d’en haut sur cette France d’en bas qui n’en peut plus. Découragé, désemparé et désarmé. Alors j’écoute et je lis. J’écris moins et je cite plus.

Sergio Coronado

– T’as quel âge ? J’ai connu l’époque où quand tu te prétendais de gauche, tu combattais les idées d’extrême-droite.

– T’as quel âge ? J’ai connu l’époque où être de gauche c’était éprouver de la bienveillance et de la solidarité avec un mouvement populaire et refuser de reprendre les termes et les accusations des dominants pour le discréditer.

C’est Sergio Coronado qui répond ainsi à son contradicteur à propos des Gilets jaunes.

Une étude nous apprend qu’un quart des encartés de Force Ouvrière ont voté Latrine La Haine lors de la dernière présidentielle. L’UNSA compte un paquet d’identitaires qui se partagent entre Latrine et Dupont-Gnangnan. La CGT compte beaucoup trop de votes pour le Front national. Et pourtant je ne lis jamais de condamnation définitive des syndicats ou du syndicalisme.

– Mais ils ne savent pas ce qu’ils veulent ! Leurs demandes sont tellement hétéroclites !

Bien sûr les revendications sont très disparates. C’est normal. Ce sont des révoltes, des exigences et des ébauches de réponse face à une multitude de situations très différentes. Mais on pourrait les regrouper en une seule gare pour une seule destination. « Ceux qui ne sont rien », nous, en bas, nous voulons une vie digne, une vie heureuse comme vous, en haut, « ceux qui réussissent ».

Gilets jaunes anonymes

Alors on demande une hausse importante des minima sociaux parce qu’on survit au RSA ou grâce aux allocs.

Ou bien on demande l’interdiction des licenciements boursiers parce qu’on ne retrouve pas d’emploi après avoir bossé longtemps à Continental, GM & S ou Goodyear.

Ou bien on demande une augmentation du Smic et des salaires. Et les retraités demandent que les pensions ne puissent plus être inférieures au Smic.

Ou bien on demande cette considération que, faute de recevoir, tant de nos collègues ont mis fin à leurs jours.

Ou bien les Gilets jaunes regroupent tous ceux que le syndicalisme n’a pas su organiser : les précaires, les intérimaires, les TPE, les auto-entrepreneurs, les temps partiels, les chômeurs.

Ou bien on veut des emplois pour tous, de vrais emplois et pas des miettes de temps partiels explosés, au lieu de se faire traiter de fainéants et d’illettrées.

Et puis les femmes, les femmes dont le rôle est capital dans cette révolte ! les femmes ont des demandes de mères seules, d’assistantes de ceci ou cela, d’auxiliaires de vie, de retraitées, de femmes que l’on dit inactives quand elles triment comme des bourriques, de femmes qui surveillent les comptes du ménage comme le lait sur le feu.

Et puis on n’oublie pas le prix du carburant indispensable pour se déplacer, le prix du chauffage qui fait qu’on ne se chauffe plus.

On n’oublie pas non plus le prix des lunettes, des appareils pour les dents et les oreilles. Et, parmi mille autres demandes, le prix de l’alimentation qu’on ne peut plus acheter pour manger à sa faim.

L’Abbé Pierre

« Ceux qui ont pris tout le plat dans leur assiette, laissant les assiettes des autres vides, et qui, ayant tout, disent avec une bonne figure “Nous qui avons tout, nous sommes pour la paix !”, je sais ce que je dois leur crier à ceux-là : les premiers violents, les provocateurs, c’est vous !

Quand le soir, dans vos belles maisons, vous allez embrasser vos petits enfants, avec votre bonne conscience, vous avez probablement plus de sang sur vos mains d’inconscients, au regard de Dieu, que n’en aura jamais le désespéré qui a pris les armes pour essayer de sortir de son désespoir. »

C’est l’Abbé Pierre qui te fait une synthèse rapide de la myriade des revendications des Gilets jaunes.

François-René de Chateaubriand

Et puis, pour les mal-comprenants de la bourgeoisie, un bout de Chateaubriand. Eh oui, lui aussi, prémonitoire, a causé des Gilets jaunes :

« Essayez de persuader au pauvre, lorsqu’il saura bien lire et ne croira plus, lorsqu’il possédera la même instruction que vous, essayez de lui persuader qu’il doit se soumettre à toutes les privations, tandis que son voisin possède mille fois le superflu : pour dernière ressource il vous le faudra tuer. »

=> Photo : @fourcadejerome.


Graeme chante “Viendras-tu avec moi ?”

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Un citoyen ordinaire à la rencontre des personnes cabossées par la vie.