Face à la crise : la florissante économie parallèle des vide-greniers

Plus de 50.000 ! C’est, selon Olivier Nass, concepteur d’un site de référence en la matière, le nombre impressionnant de vide-greniers organisés annuellement sur notre territoire. Un engouement populaire qui arrive au troisième rang des loisirs récréatifs français (après le cinéma et le foot-ball) et qui va grandissant.

Quand vous interrogez les amateurs de ces « foires à tout » (appellation haute-normande), tous vous font part d’une sorte de dérivatif plaisant, un passe-temps bonnard et familial pour meubler la longueur des week-ends.

Passe-temps lucratif, phénomène ancien

Mais vérifiez avec quel empressement frénétique les mordus se précipitent dès matines pour ne pas rater les bonnes affaires.

Regardez comme certains, souvent un peu professionnels d’occasion sur les bords, se procurent des objets, non pour un usage personnel, mais à but de revente.

Voyez l’ardeur des foules qui se pressent aux étals de ces « réderies » (appellation picarde) par n’importe quel temps.

Admirez le zèle des municipalités à multiplier ces juteuses manifestations (un remède à la diminution des rentrées fiscales). Avec la bénédiction intéressée des associations (une potion contre la raréfaction des subventions).

Et vous constaterez que les bons vieux vide-greniers sont devenus une véritable et lucrative activité économique parallèle. Avec des volumes de chiffres d’affaires brassés qui feraient probablement pâlir de jalousie bien des professionnels patentés.

Le phénomène actuel, remis à la mode en France pendant les années 70, ne date pas d’hier.

On trouve trace de ces manifestations dès le XIIe siècle en France, où en marge des foires officielles, strictement encadrées et réservées aux professionnels, les domestiques pouvaient tenter de refourguer breloques et bimbeloteries que leur avaient gracieusement cédées leurs maîtres.

Ce passe-temps familial n’est pas non plus une spécificité typiquement française (même si nos voisins européens s’ébahissent de l’ampleur qu’il a pris dans notre hexagone).

Il est aussi assez répandu au Canada et aux États-Unis sous le nom de « garages sales » (vide-garages) ou « yard sales » (ventes sur gazon).

Un engouement populaire amplifié par la crise

Il n’empêche que l’amplification accélérée du phénomène ces dernières années témoigne de l’impact de la crise sur les mentalités et les comportements du public. En même temps qu’il révèle une véritable capacité populaire à s’adapter à une économie de la débrouille dans les périodes difficiles.

Car dans nos bric-à-brac de fortune, on ne se contente plus de « jouer à la marchande » pour de rire. On y procède réellement à de très concrets échanges commerciaux. À des ventes et à des achats dûment programmés dans un but lucratif et utilitaire.

Certains professionnels, inquiets de cette concurrence sauvage, ne s’y sont d’ailleurs pas trompés. Ceux-là ont multiplié les démarches de lobbying pour voir enfin proclamées de nouvelles lois réfrénant et régulant les ardeurs de tous ces milliers d’occasionnels marchands d’occasions.

Peine apparemment perdue. D’autant qu’une nouvelle tendance, encore plus « perverse » (au regard des professionnels) est en train de se développer : le recyclage d’objets donnés. On connaissait les récupérations en tout genre par les associations caritatives souvent locales. Voilà que le net s’y met et entend recycler nos fonds de tiroirs et d’armoires à grande échelle.

À quand une loi Hadopi de la brocante pour enrayer ces tocades populaires sous pression des dures réalités de crise ? Quelle règlementation pète-sec pour espérer neutraliser l’imagination débordante du public pour contourner ses carences pécuniaires par le bon vieux système D ?

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