Deux fausses pistes : décroissance et productivité revue à la baisse

Ces idées de décroissance et de baisse impérative de la productivité, aujourd’hui très en vogue dans les milieux écologistes, me posent questions. Impression d’un effet de balancier un peu systématique, comme si on ne pouvait s’opposer à une chose qu’en se déclarant contre ou anti.

La décroissance n’est-elle pas à la croissance aveugle, ce que l’anticapitalisme du NPA est au capitalisme néolibéral : une posture artificielle et assez vaine qui n’existe que par l’objet condamné ?

La productivité est-elle seulement synonyme de productivisme forcené ? Ou constitue-t-elle d’abord un progrès technique qui devrait soulager la collectivité de la pénibilité du travail et de ses effets destructeurs sur nos conditions de vie ?

Une troisième voie qui heurte encore les esprits

Les bonnes réponses à toutes cess questions me paraissent plutôt tenir dans une troisième voie :

  • celle-ci ne passerait pas par la croissance ou son pendant opposé, la décroissance, mais par une harmonisation de la production des richesses et de leur distribution ;
  • l’amélioration de la productivité, qui permet de produire autant (et suffisamment) avec infiniment moins de travail, devrait conduire à repenser la place du travail dans une organisation économique et sociale où la qualité de vie se substituerait au plein-emploi comme objectif sine qua non.

Je mesure combien ces propositions peuvent encore à ce jour heurter les esprits tant ceux-ci, même dans les rangs se revendiquant du progressisme le plus à gauche, sont encore figés dans un système pourtant à bout de souffle, mais soutenu par un discours dominant encore efficient.

Une organisation économique où qualité et quantité feraient bon ménage

La Grande Crise ne trouvera solution que par une relocalisation des activités économiques et financières. Combien faudra-t-il encore de G20 et autres pinces-fesses mondialisés stériles pour se convaincre que ceux-ci sont désormais totalement dépassés et incapables de la moindre décision susceptible d’éviter le naufrage ?

Néanmoins, aucune initiative relocalisée ne peut s’envisager sans garder une perspective planétaire. Décroissance ici ne vaut pas forcément décroissance là. Parlez-en donc aux populations sinistrées d’Afrique. Qui sait à l’heure qu’il est si, au niveau planétaire, le point d’équilibre de la production mondiale des biens et services penchera du côté de la croissance ou de la décroissance ?

Plutôt que d’envisager unilatéralement une baisse de la productivité, sans doute serait-il préférable de la considérer également sous l’angle de la qualité, mais sans en hypothéquer la quantité. Appelez-ça comme vous voulez — développement durable, par exemple — je me contenterai pour ma part des qualificatifs de pragmatisme et d’éthique économique.

Une révolution qui se produira de gré ou de force

J’entends ici les mauvaises langues : utopie, hypothèses fumeuses, rêveries bâties sur du sable ! Le pire est que je suis plutôt d’accord avec ces objections. Car cette hypothèse du raisonnable s’accorde bien mal, je le concède, avec l’égarement mondialisé des esprits tel que nous le constatons de jour en jour.

Pourtant, encore une fois, sauf à disparaître, je tiens que si nous ne sommes pas en mesure d’anticiper sur les catastrophes, les catastrophes elles-mêmes et l’instinct de survie nous contraindront au bout du compte à cette véritable révolution de notre organisation de vie et de nos modes de pensées.

Quand et dans quel état, that is the question !

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Un voyageur à domicile en quête d'une nouvelle civilisation.