« Salaud, larbin » : de la radicalité des mots à celle des actes ?

On ne sait jamais comment, quand, ni d’où ça va sortir. Et puis, ça sort, ça éclate, ça part comme une trainée de poudre au contact d’une méchante allumette.  »« Salaud, larbin ! » ».

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/// Ces mots enflammés, ce sont les réactions d’un « représentant du peuple », un sénateur, Jean-Luc Mélenchon, réagissant face à la caméra d’un cinéaste, Pierre Carles, devant les images d’une interview jugée outrancièrement partiale d’un présentateur hautement médiatique, David Pujadas, sur une chaîne de télévision nationale, France 2. !!L’expression d’une montée des exaspérations Un tel écart de langage pourrait à la rigueur passer pour incident isolé s’il n’était précédé par une litanie de « débordements » identiques touchant à toutes les sphères de notre société : *  »« Le voyou de la République » » (Jean-François Kahn, à propos du président en titre, Marianne août 2010). *  »« Un président hors la loi » » (Edwy Plenel, toujours à propos du même, Mediapart, août 2010) *  »« Sarkozistan, État voyou : quand les médias courbent l’échine » » (Daniel Schneidermann, @rrêt du Images, septembre 2010). *  »« TF1, chaîne à tradition délinquante » » (Arnaud Montebourg, député, octobre 2010). !!« Il faut toujours un moment où la colère doit s’exprimer »  »« Il faut toujours un moment où la colère doit s’exprimer » », lâchait récemment, sur Rue89, [Henri Vacquin|http://fr.wikipedia.org/wiki/Henri_Vacquin], communiste défroqué,  »« vieux con de gauche » »… ayant voté Sarkozy en 2007, et pathétique illustration du désarroi qui frappe aujourd’hui les élites de notre pays. Ce désarroi généralisé débouche toujours sur la radicalisation des postures. Celle du langage traduit la montée des exaspérations devant le délabrement vénéneux d’une situation politique, économique et sociale insupportable. Elle marque la rupture d’un consensus démocratique de plus en plus artificiel et sclérosé. D’aucuns s’en offenseront, dénonceront cette violation d’une concorde nationale qui ne sert souvent que de paravent commode à la défense de leurs propres intérêts. !!La radicalisation, passage obligé contre une situation bloquée… Mais que valent leurs cris d’orfraies quand le jeu des apparences ne suffit plus à dissimuler le cancer qui ronge le corps citoyen en son entier ? Et se traduit lui-même par une expression d’extrême violence et de régression (cf. le discours de Grenoble du président Sarkozy). D’autres se réjouiront de cette implosion des convenances en rêvant de ce grand soir si longtemps ressassé. Oublient-ils que la radicalisation des esprits ne débouche pas forcément sur les chemins lumineux qu’ils escomptent ? La montée irrésistible des extrémismes de droite dans les franges populaires ne suffit-elle pas à les alerter ? Pour autant, la radicalisation des actes, qui succèdent presque toujours à celle des mots, devient le passage obligé à toute solution politique quand l’impuissance des acteurs institutionnels quels qu’ils soient est avérée (cf. les échecs de la sociale démocratie en Grèce, en Espagne), quand les institutions sont dévoyées et corrompues, quand la situation publique devient intenable ou par trop déliquescente. !!… avec la lucidité et la raison comme garde-fous Les chances aujourd’hui d’éviter cette radicalisation sont infimes, en France comme dans le reste du monde, tant la Grande Crise a gangrené nos rapports sociaux. Aveugles et inconséquents ceux qui cèdent à la sale manie des autruches. Les autres devront s’y résoudre en gardant en conscience les périls qu’ils auront à affronter. Lorsque Nelson Mandela se résolut à l’abandon du principe de non-violence pour faire triompher son idée de la démocratie et de la liberté, il eut l’extrême intelligence de ne jamais se départir d’une lucidité de tous les instants, ni de céder aux errances du passionnel. Qui ne voit qu’une radicalisation de l’action politique est désormais indispensable au rétablissement d’un corps public sain ? Mais qu’elle s’affranchisse de la lucidité et de la raison, qu’elle sacrifie aux règlements de compte ou à la vindicte, et elle tournera inéluctablement au chaos.

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Un voyageur à domicile en quête d'une nouvelle civilisation.