Face à la crise : le souffle d’air frais des épiceries solidaires

Qui sait, ici, ce qu’est une épicerie solidaire, dite aussi « sociale » ? Ne répondez pas tous en même temps ! Ce n’est évidemment pas quelque chose dont on parle volontiers dans les salons. Et ceux qui les fréquentent ne s’en vantent guère, s’y rendent en catimini.

Pourtant, ami lecteur, tu serais surpris d’y trouver nombre de figures familières croisées dans tes rues. Avec la Grande Crise, les temps sont difficiles pour certains. Et il faut bien passer par la marge pour satisfaire à un minimum vital.

L’Association Nationale de Développement des Epiceries Solidaires (ANDES) a été fondée en l’an 2000. On dit « épiceries sociales » quand elles relèvent de municipalités ou de communautés de communes, « solidaires » en cas de financements croisés publics/privés.

Un objectif : promouvoir l’autonomie des personnes

Une épicerie solidaire est aménagée en libre-service et propose des produits de base alimentaires et autres à des tarifs oscillant entre 10 et 30% du prix usuel. Son but est de promouvoir l’autonomie des personnes par une contribution financière à la mesure de leurs moyens.

Il ne suffit pas d’être en dessous du seuil de pauvreté ou de bénéficier des minima sociaux pour y avoir accès. Chaque « bénéficiaire » doit aussi présenter un projet personnel dans lequel il indique comment il entend répondre à la précarité de sa situation. L’accès à l’épicerie va de trois à six mois maxi renouvelables.

Presque cinq cents de ces points de vente singuliers maillent aujourd’hui l’ensemble de l’hexagone, affiliés ou non à l’ANDES.

Ce qui frappe aussi dans la démarche des épiceries solidaires, c’est qu’outre la fourniture de produits dits de base, elles offrent des lieux d’échanges à part entière à leurs visiteurs : ateliers cuisine, d’esthétique… Une sorte de reconstitution d’un microcosme social déchiré et patiemment retricoté.

Une économie souterraine qui s’affranchit du « marché »

Ça va, tu me suis, ami lecteur ? Bon, continuons. Cette économie souterraine, ignorée des médias et du grand public (et de toi-même), se développe aujourd’hui à toute allure, accélérée par les coups de boutoirs de la Grande Crise. L’ANDES annonce dès aujourd’hui la bagatelle de 70 nouvelles épiceries en cours de gestation.

Plutôt qu’un constat d’échec un brin nauséeux, c’est un souffle d’air qu’elle nous apporte :

  • Elle confirme le développement d’une nouvelle forme de redistribution des richesses de base en marge du « marché libre et concurrentiel ». Non par le biais d’opérations caritatives, mais par une formule participative originale.
  • Elle impose indirectement la notion de revenu minimum vital décent pour tous. Un revenu non pas versé en numéraire à chacun, mais pour ainsi dire en nature, via des subventions et des associations qui pulvérisent la notion de valeurs monétaires des produits alimentaires, en les divisant par trois, cinq ou dix.
  • Elle marque le retour, par la bande, d’une organisation collective contre la primauté défaillante de l’individualisme forcené, depuis que le système qui le porte s’est mis à perdre les pédales.

Une émancipation contrainte mais vitale

Qu’est-ce qui leur manque alors, aux épiceries solidaires (ou sociales), pour sortir complètement de leur ghetto marqué par cette culpabilité et cette honte qui tenaillent ceux que l’on dit en situation d' »échec social » ?

Rien. Juste une émancipation de la conscience collective populaire, encore gangrenée par le mirage de la réussite individuelle égoïste à tout prix, au mépris de l’autre.

Cette culpabilisation des « pauvres », cette honte distillée par les tenants de l’ordre économique, ne sont  que les ultimes défenses d’un système à bout de souffle pour dissimuler et repousser l’échéance d’une mutation profonde, déjà bien entamée, du système de redistribution des richesses de base.

La Grande Crise, par les dégâts qu’elle ne va pas manquer de continuer à commettre, pourrait bien participer de cette émancipation vitale.

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Un voyageur à domicile en quête d'une nouvelle civilisation.