Budget sauve-qui-peut pour pays en faillite

Ils ont fini par y venir : le budget de l’État français pour 2011 sera bien un « budget de rigueur »… Sauf qu’une fois de plus, ils sont en retard d’une guerre : à la rigueur, qui dénote encore une certaine maîtrise des évènements, s’est substitué un véritable sauve-qui-peut !

Le pouvoir justifie les coupes sombres dans tous les postes du budget (enfin presque tous les postes, parce que ceux sur le paquet fiscal ou les opérations en Afghanistan ne devraient pas évoluer aussi sensiblement) par la nécessité de « réduire » son déficit à 6% du Produit intérieur brut (PIB), contre quelques 8% en 2010.

La France en récession technique

Le terme « réduire » est ici savoureux. Car qu’est-ce qu’un déficit budgétaire ? Rien moins qu’une augmentation annuelle de la dette publique (qui est la somme de tous les déficits annuels accumulés).

Ainsi la dette publique française, qui a augmenté des 8% du déficit 2010, augmentera encore d’un déficit de 6% (au moins ! ) en 2011. Et ainsi de suite, depuis des années.

Or, les chiffres de la dette publique française viennent de tomber : 82,9% du PIB à la fin du 2nd trimestre 2010 (rappel du plafond européen maxi : 60% ! ). En hausse de 2,5 points depuis le trimestre précédent.

Rappelez-moi le chiffre de la croissance au second trimestre 2010 ? +0,6% seulement. Faites la différence entre ces 0,6 points de gains trimestriels et les 2,5 points d’endettement correspondant et vous aurez une idée de la récession technique qui frappe aujourd’hui le pays, bien loin de cette reprise claironnée par les « spécialistes ».

Des prédictions d’avenir irréalisables

Car si une dette peut présenter un côté positif quand elle s’explique par un investissement sur l’avenir, il en va tout autrement quand elle ne sert plus qu’à boucher en catastrophe les trous dans un rafiot qui prend la flotte de partout.

Peut-on parler d’investissement sur l’avenir quand on supprime des postes d’enseignants, qu’on ferme des hôpitaux ? Et que dire de la récente décision de geler les dotations d’État aux collectivités locales pendant trois ans… malgré la promesse faite de compenser la suppression de la taxe professionnelle ?

Pour justifier cette “rigueur” à allure de panique, le gouvernement table sur une hausse de la dette publique jusqu’en 2012, avant un mouvement de reflux dès 2013.

Or, pour expliquer cette prédiction hautement fantaisiste, les mêmes tablent sur une croissance de quelques 2,5% minimum dès cette année. On aimerait savoir comment ceux-là comptent y parvenir en ponctionnant un peu plus les acteurs incontournables de cette fameuse croissance que sont les consommateurs.

Tous les efforts pour la population

Car il est évident que la TOTALITÉ des efforts demandés porteront exclusivement au final sur la population. Hausse des prélèvements locaux, hausse envisagée de la TVA sur certains postes (accès Internet)…

Et avez-vous jamais vu une entreprise ne pas répercuter la hausse de ses charges sur ses clients, surtout dans un système de “concurrence libre et non faussée” [rires] ?

Efforts en pure perte car, sans révolution profonde des règles et des structures financières, plus rien ne saurait enrayer cette fuite en avant vers ce qu’il faut bien appeler une faillite d’État.

« Ça ne va pas mieux ailleurs ! »

L’habillage dont celui-ci maquille cette dégringolade effrénée ne tient guère plus qu’à l’impératif de sauver une image un peu présentable aux yeux des agences de notation. Comme l’agence Moody’s, par exemple, qui vient de dégrader la confiance accordée à nos voisins espagnols, les précipitant un peu plus rapidement vers le gouffre.

Eh oui, figurez-vous que la ministre Lagarde va pouvoir y aller du glorieux argument des benêts : << Ça ne va pas mieux ailleurs ! >> Le déficit public de l’Irlande vient de s’envoler à 32% de son PIB (dès le second trimestre ! ) et les États-Unis ou le Japon, étranglés par les mauvais chiffres, cherchent désespérément à faire baisser leurs monnaies respectives pour se donner un souffle d’air via les exportations.

Les amateurs de séries-catastrophes peuvent s’accrocher à leur siège. 2011, année IV de la Grande Crise, va être croquignolette !

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Un voyageur à domicile en quête d'une nouvelle civilisation.