Débrouille et inégalités, la rentrée scolaire est aussi pire que prévue

Soucieux sans doute de ne pas être à la traîne, c’est à la veille de la rentrée scolaire du 2 septembre que les médias publièrent enquêtes et chroniques, annonçant les périls qui pesaient sur celle-ci. Qu’en est-il réellement, plus de dix jours après la date fatidique ?

D’abord, on aurait dû être alerté par cette protestation du syndicat SIEN-UNSA des inspecteurs de l’Éducation nationale (IEN) dans l’enseignement primaire.

Ceux-là pestaient contre le rôle de chevaliers blancs que le ministère tenait à leur faire jouer à la rentrée : tout devait paraître nickel… alors qu’eux, justement, pointaient « le mécontentement et l’incertitude » qui pesaient sur les écoles.

Puis, plus accablant encore, il y eut ce rapport alarmant de l’Inspection générale, révélé sur le tard, et dénonçant les choix budgétaires qui « préparent assez peu l’avenir » :

  • le problème des jeunes enseignants stagiaires sans formation pédagogique préalable,
  • les disparités dans la prise en charge des jeunes profs,
  • les incohérences dans la gestion des personnels…

Avec à la clef, des menaces très graves de tensions à attendre au cours de l’année scolaire 2010/2011.

Quand on sait avec quel habituel zèle empressé les corps d’inspection élaborent les programmes — l’Inspection générale — ou se chargent de faire appliquer sur le terrain les instructions venues d’en haut, on peut raisonnablement déduire de leurs « révoltes » que le feu couvait vraiment à la maison. De fait, la réalité du terrain confirme grandement leurs craintes.

La réforme de la seconde dans la tourmente

Le cas le plus spectaculaire de ces départs d’incendie concerne la réforme des classes de seconde. De mauvaises langues murmurent qu’elle fut précipitée et bâclée pour permettre au plus vite un maximum de suppressions de postes et de classes :

  • étude de l’histoire géographie supprimée en terminales,
  • sciences économiques et sociales réduites à la portion congrue d’une simple option même plus prise en compte dans les évaluations…

Ces urgentissimes « réformes » ne furent publiées au Journal officiel que fin avril, et ne laissèrent plus aux éditeurs scolaires que quelques semaines pour bricoler à la hâte les manuels adéquats. Lesquels parvinrent ric-rac dans les lycées, à la veille de la rentrée.

Certains établissements choisirent à la va-vite dans le paquet des spécimens qui engorgeaient les casiers des profs. D’autres se donnèrent un peu de temps pour éviter la sélection précipitée d’un éventuel nanar qui les liait pour quelque cinq années. Et beaucoup à ce jour ne se sont toujours pas décidés.

Certains enfin préférèrent reporter leur choix d’un an, « aidés » par les fédérations de parents d’élèves qui rechignaient au surcroît de dépenses que cette réforme aurait induit. Mais privant ainsi les élèves d’un outil adapté aux sacro-saints nouveaux programmes.

Les finances publiques aux abonnés évaporés

Pire, deux régions au moins, ayant choisi le principe d’une gestion des achats de manuels en lycée par le financement public, n’ont toujours pas débloqué à ce jour les fonds pour le renouvellement des ouvrages de seconde : les régions Bourgogne et Ile-de-France.

Après moult tergiversations, Jean-Paul Huchon, président de la région Ile-de-France (25% des effectifs nationaux à elle toute seule) a annoncé que les lycéens de sa région ne sauraient être pénalisés, mais que euh, euh, la somme de 20 millions que cet investissement nécessitait, n’avait pas été budgétée.

La réunion fut fixée au 30 septembre pour voir comment on pouvait récupérer ces maudits fifrelins… soit plus d’un mois après la mise en applications des pressants nouveaux programmes ! Une récente information émanant de la région rajoutait à la confusion en indiquant qu’une partie seulement de ces 20 millions pourrait être débloquée courant octobre. Et qu’on étudierait le versement du solde nécessaire… début janvier 2011 !

En attendant, débrouille dans les lycées et grosses inégalités selon les régions ! La réforme des lycées s’annonce d’ores et déjà compromise sur une bonne part du territoire — elle doit en principe se poursuivre l’an prochain dans les classes de premières ! De leur côté, les corps d’inspection peuvent continuer à s’arracher ce qui leur reste de cheveux.

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Un "voyageur à domicile" en quête d'un changement de civilisation.