Rentrée politique : le PS refuse de prendre la mesure de la crise

Par delà le spectacle d’une « union retrouvée » et les postures stratégiques des différents futurs candidats aux futures primaires, par delà l’hallali anti-Sarkozy convenu, il apparaît qu’à l’issue de son université d’été, le Parti socialiste n’a toujours pas pris ou voulu prendre la mesure véritable de la Grande Crise.

Les titres du programme… sans le programme

Ce qui frappe dans les différents discours des différents responsables socialistes, c’est l’absence quasi totale de programme détaillé. Inconséquence ? Stratégie infantile (ne pas dévoiler ses batteries à ses adversaires) ? Craintes de révéler des intentions peu populaires ? Dans tous les cas, indigne d’un parti qui prétend incarner « une autre France ».

Pas tout de lancer les grandes titres ronflants d’un programme comme les relations entre le travail et le capital, la répartition des richesses, la justice fiscale ou la sécurité des citoyens. Formules vides de sens quand celles-ci ne sont pas étayées par un catalogue de mesures concrètes et probantes.

Or de tout ceci, rien ou presque, y compris dans le discours final d’une Martine Aubry, pourtant de loin plus convaincante qu’un camp DSK peinant à extraire son héros de son rôle ambigüe à la tête du FMI, ou qu’une Ségolène Royale en manque manifeste d’oxygène.

Aucune réponse concrète aux problèmes concrets

  • Qui parmi nos opposants officiels pour réguler et taxer le système bancaire et financier ?
  • Qui pour limiter de façon drastique l’ahurissant déséquilibre de l’échelle des revenus ? (Martine Aubry n’évoque qu’un vague rééquilibrage des salaires « dans les grandes entreprises », relayant les autres revenus au musée des omissions pudiques.)
  • Qui pour admettre que le plein-emploi n’a plus cours dans notre société depuis plus de trente ans, que la période de croissance exponentielle qui permettrait de le retrouver est révolue ?
  • Qui aux commandes de l’État pour reprendre la main sur le privé et remettre sur les rails des services publics et des protections sociales en dangereuse régression ?

Une base de réflexion obsolète

L’autre constat est que les responsables de la rue de Solférino n’ont ni la capacité, ni la volonté de dépasser le modèle de ce système économique moribond, condamné. Voilà bien trop longtemps (1983) qu’ils ne font qu’accompagner le déclin de ce système. Tout juste en le pommadant un peu pour sauver les apparences.

Sans doute passeront-ils pour plus « présentables » que l’hôte erratique de l’Élysée. Á ce niveau-là, difficile de faire pire !

Mais quelle différence au final entre une équipe de fossoyeurs sociaux sans scrupules, et quelques notables empesés, plus soucieux de protéger une position acquise que de faire évoluer le monde, et qui ne feront que prolonger l’agonie d’un système sous perfusion ? Avec son lot de souffrances et de désillusions. Et sans en enrayer la sombre destinée.

La gravité de la situation exige aujourd’hui une rupture bien plus conséquente qu’un marivaudage médiatique et des formules creuses.

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