Un été « épatant »

Quel été, mes amis ! Je m’étais dit que je tirerais le rideau de ces chroniques jusqu’à la rentrée. Mais là, non, trop c’est trop, je ne résiste pas ! Faisons un petit point à mi-parcours estival pour ne pas trop perdre le fil de ce palpitant feuilleton.

Trois faits majeurs à retenir pour juillet :

Le camouflet hongrois

Donc, très simple, le gouvernement d’un ex-satellite soviétique, qui avait tenté le jeu du néolibéralisme une fois un certain mur de la honte écroulé, décide de son propre chef de faire ce que ce pétochard d’Obama n’ose réaliser en son royaume : taxer les bénéfices obscènes des banques opérant sur son territoire, au nom de leur criante responsabilité dans la crise actuelle.

Tollé des ponctionnés qui s’en allèrent pleurer misère auprès des autorités européennes et du FMI. Lesquels condamnèrent bien évidemment les barbares sacrilèges et leur supprimèrent derechef l’aide financière qui leur était promise.

Mais le récalcitrant persista dans son outrage et renvoya balader les émissaires du FMI venus lui faire la leçon. L’impudent décréta qu’il pouvait parfaitement se passer de leurs services et de leurs conseils. Imaginez maintenant que nos amis magyars gagnent leur pari, ho ho ho !

Affaire Woerth/Bettencourt : vraiment tous pourris ?

Non seulement la pitoyable intervention du prince élyséen le 12 juillet sur France 2, pour éteindre l’incendie Woerth/Bettencourt, ne servit à rien. Mais les révélations confirmées et recoupées des protagonistes de cette lamentable histoire (l’ex-comptable, l’ex-secrétaire, l’ex-femme de chambre, l’ex-maître d’hôtel de la tricheuse richissime…) confirmèrent amplement les soupçons de corruption qui entachaient un pouvoir en pleine décomposition.

Même plus photo ! La présomption d’innocence a depuis longtemps volé en éclats. Et la mise au jour de l’existence des petits partis porte-monnaie, fielleuse invention de ces donneurs de leçons pour détourner des lois déjà bien accommodantes, achève de lever le voile sur ce panier de crabes éhontés.

Quand un site internet mouche toutes les forces de l’Otan d’un seul coup

Quelque 92.000 documents « confidentiels » de l’armée américaine et des forces de l’Otan engagés en Afghanistan, mis en ligne par le site Wikileaks ! Pour un coup, ce fut un coup ! Très dur pour ceux qui se le prirent dans les gencives.

Non seulement il montre toute l’étendue du désastreux bourbier afghan pour des forces d’occupation qui n’ont strictement rien à y faire. Mais il met aussi cruellement à nu l’insigne fragilité de ces matamores en pleine déconfiture.

Trois nouvelles facettes sidérantes de la même Grande Crise

Pourquoi relier ces trois évènements « épatants » (en ce sens qu’ils sidèrent par leur incongruité et leur ampleur) mais n’ayant en apparence aucun point commun ? Parce qu’ils participent tous les trois de cette même Grande Crise qui, depuis bientôt trois ans, voit tout un système dominant pourrir de l’intérieur sans pouvoir endiguer la propagation des métastases.

Trois leçons à en tirer :

  • le début d’une fronde de quelques satellites malmenés (souvenez-vous qu’avant l’épisode hongrois, il y eut l’affaire du référendum islandais refusant le remboursement d’une dette de 3,5 milliards d’euros) ;
  • l’état de décomposition avancée, quasi irréversible, de puissances même plus capables de sauver le minimum d’apparences ;
  • la confirmation éclatante d’un nouveau contre-pouvoir mondial d’importance : Internet et ses réseaux incontrôlables.

Mais bon, c’est pas tout ça, je retourne à mes vacances. Pas parce que quelques imbéciles, fussent-ils maîtres du monde, agonisent, qu’il faut se laisser frustrer d’une vie qui, elle, continue.

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Un voyageur à domicile en quête d'une nouvelle civilisation.