Intervention Sarkozy : à quand une procédure d’impeachment en France ?

Donc un président de la République en titre (pour combien de temps ?) a cru bon :

  • d’intervenir sur une chaîne de télévision (France 2) dont il nomme lui-même à discrétion les responsables ;
  • interrogé par un journaliste (Pujadas) dont la carrière dépend ;
  • pour défendre un ministre (Woerth) qui sert par ailleurs de pourvoyeur de fonds à son parti (UMP) ;
  • en s’appuyant sur le rapport d’un organisme (l’inspection générale des Finances) aux ordres du ministre incriminé ;
  • et sous le contrôle d’un procureur (Courroye) qu’il a lui-même promu.

Un très mauvais scénario

Si encore le « chef » s’était montré convaincant, si encore il avait daigné répondre avec pertinence aux questions les plus délicates posées par l’affaire en cause (Bettencourt).

Mais non :

  • un blanc-seing accordé à Éric Woerth sans aucun autre fondement que l’auto-persuasion : « Éric Woerth est un homme profondément honnête qui vient de subir la calomnie et le mensonge pendant trois semaines » ;

  • quelques vagues effets d’annonce déjà éventées avant que d’être : créer « une commission représentant toutes les familles politiques pour réfléchir dès semaine prochaine à la façon dont on devra modifier la loi pour éviter dans l’avenir toute forme de conflit d’intérêts » [rires] ;

  • quelques piteuses tentatives d’amalgame pour détourner l’attention : « il y a quatre ans, quand j’ai pris la présidence de l’UMP, j’ai eu droit à l’invraisemblable affaire Clearstream » ;

  • suivies du florilège habituelle des déclarations d’intentions fumeuses censées « recentrer le débat » sur « sa mission » (« je dois préparer la France au monde d’aujourd’hui »)  ;

  • et puis, cerise sur ce gâteau indigeste, un appel à une vaste réconciliation nationale… avec l’argent : « qu’est-ce-que c’est, depuis quelques semaines, que cette attitude vis-à-vis de l’argent ? J’entends des gens qui disent leur détestation de l’argent. Mon Dieu ! »

Un régime corrompu et délétère

Le fait qu’un président de la République ait cru devoir intervenir solennellement pour défendre l’indéfendable, laver par avance de tout soupçon un de ses proches indélicat, sans autre forme de procès ou d’enquêtes sérieuses, finit surtout de démontrer la corruption généralisée d’un pouvoir carbonisée, impuissant, délétère.

Et partant, totalement discrédité, sinon illégitime.

Le pays se retrouve désormais à la croisée des chemins, devant un choix crucial : attendre 2012 pour couper les branches pourries qui le pervertissent relèverait d’un sado-masochisme populaire suicidaire.

Que n’existe-t-il en France une procédure d’impeachment ! Elle aurait aujourd’hui toute sa raison d’être.

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