Affaire Bettencourt-Woerth : le jour où les médias se sont ridiculisés

8 juillet 2010, journée de folie à propos de l’affaire Sarkozy/Woerth/Bettencourt dans les médias du microcosme. Tout a commencé par une « info » lâchée par Le Monde à la suite d’une fuite lors de l’audition policière de Claire Thibout, ex-comptable des milliardaires. Titre : « L’ancienne comptable s’est partiellement rétractée ».

Et c’est parti, mon kiki ! Titre immédiatement repris sans une once de recul par les confrères médiatiques, sans l’ombre d’une hésitation, sans souci d’un corps d’article beaucoup plus nuancé sur la fameuse rétractation. Mais que retient le grand public, sinon les titres ?

Haro sur le vilain canard

La trainée de poudre ne tarde pas à se répandre. D’autant que le « partiellement » de précaution a tôt fait de sauter des manchettes et des communiqués. N’est-ce pas, messieurs-dames du Figaro ?

L’Elysée jubile (avec un tel coup de pouce, rien d’étonnant). Le couple Woerth plastronne. La garde rapprochée de tout ce beau monde redouble de virulence contre le vilain Mediapart. Avec une élégance et une finesse rares :

« Site de ragots… opération visant à renflouer les caisses du site d’information… ils [Mediapart] ne sont pas à l’équilibre financier… pourrait être implanté à Cuba… méthodes fascistes… collaborationnistes… des informations contre 150 euros » (auteurs dans le désordre : Nadine Morano, Xavier Bertrand, Éric Raoult).

L’ex-comptable maintient l’intégralité de ses révélations… et rajoute des noms

Seulement voilà, dans la soirée, patatras, Mediapart publie l’intégralité du procès-verbal des déclarations faites par l’ex-comptable aux enquêteurs ! Et la baudruche se dégonfle comme Gendarme sous les quolibets de Guignol.

Si Claire Thibout pondère certains propos rapportés dans sa première interview à Mediapart, si elle est beaucoup plus évasive sur quelques précisions rapportées, elle maintient l’essentiel de ses accusations :

  • les Bettencourt arrosaient copieusement le monde politique qui fréquentait assidûment leurs salons. Et sur ce point, l’ex-comptable en rajoute une louche en citant des noms (comme par hasard plutôt de droite, ou presque) :

« M. Pierre Messmer, Mme Pompidou, M. Léotard, M. Longuet, M. et Mme Chirac, M. Balladur, M. Kouchner, Mme Mitterrand (M. Mitterrand était un ami de longue date de M. Bettencourt), M. Donnedieu de Vabres. Il y avait, comme je l’ai déjà dit, M. Sarkozy et plus récemment M. Woerth. »

  • en 2007, M. de Maistre, « gestionnaire de fortune » des Bettencourt, a bien notifié à Claire Thibout son intention de remettre 150.000 euros à M. Woerth, trésorier de l’UMP.

La déontologie, rien que la déontologie LOL

Passe encore que le marigot politique soit aux abois et sombre dans une fange qui tend à devenir son élément naturel. Mais la presse ? D’accord, on savait bien que… on soupçonnait… on avait déjà constaté… Mais tout de même, à un tel point de ridicule, vraiment ?

Il me semble que de telles péripéties auraient mérité un peu plus de recul dans l’analyse, un peu plus de prudence dans l’avancée des faits, un minimum de circonspection, un zeste de conditionnel. Cela n’a pas été le cas.

Et le courage journalistique d’un Mediapart est venu souligné cruellement la subordination empressée des médias traditionnels devant les campagnes manifestement orchestrées par le pouvoir.

La panique gagne toutes les strates du microcosme sans exception, au point de lui tournebouler la raison quand raison garder s’imposerait. Au-delà de ces réactions un brin risibles, transpire toute une élite déconfite, politiquement carbonisée et moralement ravagée, au bord de la crise de nerf.

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Un "voyageur à domicile" en quête d'un changement de civilisation.