Mélenchon, le foot et « la génération caillera »

Fort, très très fort, le dernier billet de Jean-Luc Mélenchon à propos de la tragicomédie qui secoue les vestiaires des Bleus en plein Mondial de foot. Du coup, voici notre leader politique de gauche qui se met à aimer fort, très très fort, ce « sport », si décrié par lui il y a encore quelques jours.


Avec un chapeau d’article pas piqué des hannetons : Le foot montre l’exemple – Un soviet de millionnaires désarme ses officiers ! Et la suite à l’avenant :

« Maintenant, j’adore le foot. Finalement, cette histoire en Afrique du sud, c’est génial ! Les millionnaires font la grève ! Les joueurs ne jouent pas. […] Un soviet de soldats millionnaires a contraint son officier à lire une motion d’assemblée générale devant la presse. Et alors après ça, ça discute et encore et encore ! Tu peux y aller coco, la retraite à soixante ans à côté, c’est quoi ? De la bibine ! »

Ha ha ha, du grand Mélenchon, si, si, vraiment ! La crise du foot comme préalable emblématique de la Grande Crise que nous allons tous FORCÉMENT devoir affronter !

Pour les nouveaux venus, la « Grande Crise », c’est comme ça que j’appelle la débâcle généralisée actuelle, car elle touche absolument tous les domaines de la vie publique : non seulement la finance et l’économie, mais aussi le politique et le social, mais encore l’esprit civique et les cellules grises des citoyens, citoyennes. Et maintenant jusque dans les vestiaires de notre fière équipe nationale.

La Grande Crise… de rire

Une Grande Crise (de rire, pour l’heure) qui ne date pas d’hier. Rappelez-vous, il y a quelques années, juste au début de l’ère sarkozienne, quand une autre de nos équipes, celle de rugby, se lisait la lettre de Guy Môquet, toujours dans les vestiaires… avant de se prendre une branlée mémorable face aux encore presque amateurs argentins.

Trois ans plus tard, les joueurs de l’équipe nationale en grève générale, non je vous jure ! C’est qu’ils finiraient par paraître sympathiques ces petits Bleus (à l’âme). Finalement il y a une différence entre eux et les margoulins de la haute finance ou du CAC 40. Les fortunes dont on les couvre, eux, c’est pour qu’ils se la ferment et fassent ce qu’on leur dit de faire, où on leur dit de faire : le maximum de petites crottes rondes au fond des buts adverses.

Le plus comique, dans l’histoire, ce n’est pas tant le vaudeville tonitruant qui se joue dans les vestiaires de nos vingt-trois exaltés dorés sur tranche. Non, le plus piquant, c’est les réactions outragées que cette farce suscite dans les médias du microcosme, dans les milieux autorisés, dans les cercles culturels les plus académisés.

« La France est la risée du monde » (France Soir), « sportifs professionnels indignes de porter le maillot tricolore » (la République du centre), « FFF, comme France Foot Fric » (la Charente libre) « cette équipe de multimillionnaires fait honte à l’ensemble des Français » (Vosges matin).

Un dangereux complot islamiste ?

N’en jetez plus, on leur a cassé leur jouet, les voilà qui tirent dessus à boulets rouges et le réduisent, tiens, tiens, à une vulgaire affaire de fric. Sortez de ces vestiaires, Madoff, Kerviel, on vous a reconnus !

Notre présidenticule, lui, qui comptait tant sur l’évènement pour se redorer un peu le blason, n’a rien trouvé mieux que d’envoyer la ministre Bachelot mater la rébellion et reprendre la situation en main ! Sûr que c’est notre grande prêtresse de la seringue anti-grippe A qui risque de redoper les troupes débandées.

Ne restait plus que nos intellectuels bien en cour pour rajouter leur petite louche de moralisme encrouté et jeter leur pierre de fiel aux dieux (du stade) déchus. L’ineffable Finkielkraut, par exemple, assimilant Anelka et ses collègues à « la génération caillera »

Allez, encore un effort, camarades, et vous allez finir par y venir, emmenés par vos Hortefeux des grands jours : Anelka et Ribéry, ça ne serait pas de dangereux comploteurs islamistes, des fois ?

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Un voyageur à domicile en quête d'une nouvelle civilisation.