Le Grand Marché, un totalitarisme planétaire sans précédent

Il faut voir comme ils dansent pour lui complaire. Il faut voir comme ils se couchent en signe d’allégeance. Il faut voir comme il corrige d’importance les (rares) récalcitrants. Lui, c’est le grand Marché tout-puissant. Eux, les États qui lui sont pieds et mains assujettis.

Tout passe à sa moulinette : les perfusions financières dont tous ces vieux États ont un impératif besoin, la distribution du travail et des revenus, les retraites, et jusqu’aux besoins les plus vitaux (alimentation, protection sanitaire…).

La dette comme arme absolue

Son arme absolue : la dette. Celle qui met tout débiteur sous la coulpe de son créancier. Celle que tous les individus, tous les peuples, tous les États sont obligés de contracter pour servir l’inévitable logique du système dominant.

Et il faut voir avec quel zèle celui-ci quadrille la planète de ses gardes-chiourmes politiques : lamentables dictateurs d’anciennes colonies, chefs d’Empire ou de cour rapproché (essayez donc d’être candidat à la présidence américaine ou dans un quelconque satellite européen, sans l’adoubement du Marché pour financer votre campagne).

Sa dernière trouvaille : ces fameuses agences de notation, gabelous des temps modernes, qui décident ou non, dans la plus parfaite opacité de leurs officines, de la fiabilité des pays eux-mêmes.

Plus de victimes que sous le régime stalinien

Pas de totalitarisme sans son lot de victimes. Le décompte des victimes du grand Marché n’a rien à envier à celui du soviétisme le plus stalinien. Et ravale au rang d’opérette le castrisme cubain pourtant si décrié par les médias du microcosme, eux aussi aux mains du grand Marché.

Un catalogue effroyable :

  • victimes de la faim sur une planète dégueulant de victuailles, mais soumises au plus viles spéculations sur les matières premières essentielles ;
  • populations et territoires sacrifiés au culte de la rentabilité (amiante, catastrophe de Bhopal, Tchernobyl, pétrole du Golfe du Mexique) ;
  • millions de victimes du Sida dans les pays africains ou d’ailleurs, soumis au bon vouloir des grands laboratoires pharmaceutiques et leurs juteuses licences ;
  • milliers de victimes civiles dans les guerres d’occupation menées par les « forces du Bien » aux quatre coins de la planète.

Un Marché à bout de souffle mais toujours capable de nuire

Aujourd’hui, le grand Marché présente les plus grands signes d’essoufflement, les symptômes d’une agonie irréversible. Usé par ses propres excès, comme toute bonne dictature qui se respecte.

Mais le Marché, bête blessée, garde comme on le voit au fil des derniers soubresauts de la Grande Crise, toute sa capacité de nuire. Et ne s’en prive pas.

Sa force : la crédulité des populations, leur indécrottable pusillanimité.

Quelques fausses portes de sortie

La plus grossière des illusions serait d’imaginer qu’on puisse composer avec le grand Marché. Surtout parvenu à ces extrémités de dilution et de perversion.

L’autre danger serait de croire qu’un pouvoir politique puisse s’approprier ce grand Marché, le « nationaliser », le rendre « au peuple ». Une seule puissance échappe aujourd’hui à l’emprise du grand Marché : la Chine dite « populaire ».

La Chine ne se soumet pas aux lois de la « concurrence libre et non faussée ». Elle s’en sert en lui imposant ses propres règles. Mais la Chine est aussi un empire totalitaire. Qui penserait à remplacer une dictature (financière) par une autre dictature (politique) ?

Autre fausse piste dévastatrice : une solution mondialisée. Par les bonnes grâces soudain retrouvées d’instances internationales genre G20 ou d’une gouvernance supra-nationale façon Union Européenne. La mondialisation obligée des décisions est une des inventions diaboliques du grand Marché pour diluer toutes les oppositions à ses desseins.

Des solutions géographiquement localisées, à taille humaine

Sauf à attendre passivement l’effondrement du grand Marché avec toutes ses conséquences tragiques, ne reste plus trente-six solutions pour parvenir à ce rééquilibrage délicat mais indispensable entre pouvoirs politique, économique, judiciaire, médiatique…

Le chemin de la reconstruction ne partira pas du sommet (cette gouvernance mondiale  forcément assurée par un clan dominant ― la finance aujourd’hui) pour aller vers la base. Mais à l’inverse, de la base (ou plutôt les bases, dans toutes leurs richesses respectives) vers le sommet (l’utopie).

Pas demain la veille ? Peut-être. Mais qui ne tente pas l’impossible ne rendra jamais rien possible. Et nous n’avons plus le choix. À toi de voir, mon petit peuple.

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Un voyageur à domicile en quête d'une nouvelle civilisation.