Bien sûr que je vais le regarder, le foot !

À chaque fois, c’est la même chose, les mêmes questions, la même (passagère) culpabilisation. Le fric, la dope, l’opium du peuple… Et bing, jamais, je ne rate un match !

Je sais bien que mes questions, mes ruminations, mes raisons de culpabiliser sont justifiées. N’empêche, à chaque fois, je regarde. Et je beugle comme un âne à chaque but en sautant sur ma chaise et en renversant ma bière.

Quand la tête n’a plus toute sa raison

Cette Coupe du monde de foot, et l’engouement planétaire qu’elle suscite, illustre tout le paradoxe des comportements humains. La tête n’a plus toute sa raison. Pourtant elle sait tout. Tout des magouilles, de l’obscénité dégoulinante de l’argent, de la pub, des récupérations politiques. Tout de ces populations sacrifiées sur l’autel des stades… mais qui n’ont de cesse de shooter dans le premier ballon de chiffon qui passe.

Tout aussi de la préparation pharmaceutique forcenée des joueurs. (Rappelez-vous, lors du dernier Mondial de 2006, le pré-retraité Zidane, ressorti en catastrophe de sa naphtaline, et recourant, comme un jouvenceau dératé, de match en match, jusqu’à cet orgasme final en forme de coup de boule, ho ho ho !)

Mais non, elle (ma tête) continue à regarder et à s’enflammer. Comme celle de milliards d’autres zozos sur terre, noirs, blancs, jaunes, bariolés…

Grand soir et grain de sable humain

C’est ça qui fout par terre les méticuleux échafaudages des idéologues de Grand soir. Ceux qui rêvent à n’en plus finir de monde parfait, de nouveau système et de fin de l’histoire.

Il y a juste un grain de sable dans leur construction : ce diable d’humain qui se vautre devant TF1 au lieu d’Arte, gratte des billets de loterie plutôt que des idées, et devient maboul devant onze gugusses qui courent en short derrière un ballon.

Un truc de mecs, le foot ? Hého, les filles (j’en ai trois à la maison, plus leur maman), faut-il que je vous rappelle les heures à déambuler de boutiques en boutiques, de magasins de fringues en échoppes à godasses ? Faut-il que je vous ressorte les tonnes de magazines féminins cucul-la-praline qui sont passées par la maison ? Là aussi, il y aurait à redire, question opium des cervelles !

Le paradis idéal pour après la mort, SVP

Il y a bien un jour où il nous faudra enfin assumer ce que nous sommes vraiment. Plutôt que ce que nous rêvons d’être. Et qu’est-ce que c’est que cette lubie de perfectibilité qu’on nous ressort de siècle en siècle avec toujours autant de sauvagerie à la clé ?

Finalement, ce sont les chrétiens les plus futés, eux qui ont placé le paradis – celui où on ne fume plus parce que ça tue, où on ne boit plus parce que ça rend barjot, où les calculs rénaux et les passions humaines sont redevenus poussières – APRÈS la mort !

Mais nous, nous sommes encore bien vivants. Comme nous pouvons, mais vivants. Alors vivent les passions humaines et l’enfer sur terre, vive le foot et allez Zidane… euh non, plus Zidane, Ribéry !

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Un voyageur à domicile en quête d'une nouvelle civilisation.