Gilets jaunes : « On sera là jusqu’à Noël et même après »

Gilets jaunes : « On sera là jusqu’à Noël et même après »

Ce mardi en fin de journée, le vent souffle et la température est basse en Ardèche nord. Une soixantaine de personnes en gilets jaunes se relaient et tiennent un important rond-point sur la commune de Davézieux.

Certains viennent là plusieurs heures durant, depuis 31 jours consécutifs. Cabanes en bois, palettes, pancartes, braseros, chaise de camping : une sorte de ZAD circulaire s’est installée là.

Régulièrement, « les gilets » entament un tour du grand rond-point, ralentissant ainsi la circulation quelques minutes, profitant pour échanger avec les automobilistes. Le camion d’une entreprise de boissons s’arrête, on l’apostrophe sur le ton de la plaisanterie :

« Rien à boire pour les gilets jaunes ? »

Le chauffeur-livreur descend aussitôt, fouille à l’arrière et attrape des bouteilles de jus de fruits qu’il distribue en serrant des mains ici et là. Puis c’est un fourgon blanc qui vient livrer des palettes.

Il y a des femmes et des hommes…

Il y a des femmes et des hommes, des jeunes et des moins jeunes. Il y a Jacques, un grand gaillard barbu qui ne lâchera rien « tant qu’ils se foutent de nous » et qui n’en revient pas :

« Si on m’avait dit qu’un jour je ferai des grillades sur un rond-point ! »

Il y a Luc, ingénieur, chef d’entreprise récemment en retraite, militant France insoumise, qui vient livrer le café du matin :

« Je n’ai pas de problème de fin de mois mais je suis là, je participe, je soutiens, je rencontre des tas de gens, on discute, on partage ce qu’on a. »

Discuter, oui, les heures sont longues et il fait froid. On parle politique sans en avoir l’air, économie, social, emploi. Et cuisine et football et éducation et médias. De la vie de tous les jours. Tous les poids-lourds klaxonnent et saluent de la main :

« Ils peuvent nous dire merci, dirent merci aux gilets ! »

La police passe ? Oui, les gendarmes, régulièrement. Ceux d’ici, ça va. Mais les cow-boys de la vallée, faut pas trop qu’ils nous cherchent. Les annonces de Macron lundi dernier ? Personne n’y croit. Et :

« On est très loin du compte ! »

Le jour baisse, les feux sont alimentés et éclairent ces scènes étranges, ces visages divers, ces installations de fortune. Deux dames plutôt bien mises apportent des sacs de provisions et des cartons de pizzas :

« Apportez-les à la réserve, Madame, on met tout là-bas. »

Voilà un jour de plus passé sur ces improbables barricades.

Autodidacte en tout, café-théâtre, chanson française (auteur-compositeur-interprète), sculpture, photo, écriture, et même agriculture, en rupture de ban avec "le système", je me cantonne désormais à produire de la pensée et de l'émotion. Je n'attends pas de jours meilleurs (ils seront pires) mais j'en fabrique comme je peux...