Commando israélien : le monde sur le sentier de la guerre

C’est hélas trop souvent la guerre qui ponctue les périodes de graves crises systémiques et civilisationnelles. Celle que nous traversons risque fort de ne pas échapper à cette règle douloureuse. Bien des signes alarmants en témoignent. Et ce n’est pas cette attaque absurde d’Israël contre une flottille humanitaire en route vers Gaza, qui apaisera nos craintes.

Crispation mentale pathologique plutôt qu’acte raisonné

Contrairement à une pensée répandue, les guerres ne sont pas un moyen pour les puissants au abois de se réapproprier un pouvoir chancelant. Les guerres résultent d’une crispation mentale généralisée, issue de la peur, qui fige la raison et pousse les humains dans une fuite en avant meurtrière qu’ils ne sont plus en mesure de contrôler.

Acte de calcul froid et méthodique sans doute. Mais de raison point. Nous ne sommes plus là au stade de la construction mentale, mais de la pulsion pathologique. Telle celle du schizophrène en proie à ses terreurs. Ou celle de cet homme « tranquille » qui vient d’assassiner froidement et méthodiquement douze personnes dans le nord-ouest de l’Angleterre.

Il est clair que le pouvoir israélien n’avait rien à gagner, et surtout tout à perdre, dans cette agression imbécile. Et il a perdu. Tout comme il avait perdu lors du siège de Gaza ou lors de la dernière invasion du Liban. Tout comme ont déjà perdu les forces de l’Otan engluées en Afghanistan, en Irak…

Tout en réalité a basculé le 11 septembre 2001, quand les tours de Babel du cœur de l’Empire furent touchées.

Le garde-à-vous spontané des esprits, à la première alerte

C’est incroyable comme tous les esprits peuvent vite se mettre en ordre de bataille à la première alerte. Comme si la guerre libérait les individus d’un mystérieux carcan trop brûlant et trop longtemps contenu.

Le vocabulaire lâché sur les médias, au fil des chroniques, est au diapason des clairons tapageurs. Les humanitaires de la flottille prise d’assaut sont « bien sûr » d’indécrottables « militants pro-palestiniens » (des médecins, un écrivain suédois, un prix Nobel de la paix… ! ). Leur opération n’était « bien sûr » qu’une « vaste fumisterie marketing ». Tous les assaillants du monde se trouve « bien sûr » toujours en situation de légitime défense.

Déjà, les cris de protestations indignées se noient sous les sourdes raisons d’États et d’alliances, pris dans l’étau de cette implacable « réalité » qu’on nous balance à la figure pour étouffer nos dernières objections.

Quoi derrière les cris d’orfraies policés des déclarations onusiennes ? Du vent, du vide, un éphémère maquillage grossier par ce qui nous reste de conscience sur nos manifestations agressives les plus outrancières.

Rester en marge du sentier de la guerre

Nul ne peut prédire d’où éclatera le conflit. Ni quand la déflagration se produira. Ni même avec qui et comment. Mais le processus diabolique, nous le voyons bien, est désormais enclenché.

Cela ne se passera pas forcément là où on nous l’annonce (l’Iran). Pas forcément comme nous l’attendons. Nous l’avons dit, la guerre est le produit de notre démesure irraisonnée. Des points de surchauffe naîtront et éclateront, imprévisibles, à mesure que la Grande Crise disloquera notre machinerie prise de folie.

Oui, oui, la question te démange, lecteur, j’y viens : mais quel camp choisir ? Eh bien, vois-tu, la seule, l’unique toute petite chance d’éviter ce désastre, me paraît précisément de ne pas emprunter soi-même trop vite et pour qui que ce soit, ce désolant sentier de la guerre.

Ne crois pourtant pas que je me défile. J’essaie juste modestement de balayer devant ma porte. Et ce que j’y constate me remplit de consternation.

Le monde où j’habite, celui où je suis né, dans lequel je vis ; ce système occidental mondialisé piloté par les États-Unis d’Amérique, suivis comme son ombre par des ouailles fidèles comme l’Union européenne ; ce monde du « Bien » dont Israël est la brutale tête de pont moyen-orientale ; oui, ce monde-là, le mien, et ses appétits inextinguibles de conquête, portera une part terrible de responsabilité historique dans la tragédie qui menace de s’ensuivre.

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Un voyageur à domicile en quête d'une nouvelle civilisation.