Gilets jaunes, les raisons de la colère : 5/ Les TUC et la grande entourloupe des emplois aidés

Gilets jaunes, les raisons de la colère : 5/ Les TUC et la grande entourloupe des emplois aidés

« Le tournant de la rigueur » avec « la désinflation compétitive » plus « la politique du franc fort ». Une « parenthèse » de trente-cinq années de langue de bois et de promesses non tenues.

« Le tournant de la rigueur ». Mars 1983, Jacques Delors, ministre fauxcialiste des finances, annonce officiellement « le tournant de la rigueur » qui a déjà été pris depuis des mois.

« La désinflation compétitive ». Depuis les accords de Grenelle en juin 1968, les salaires étaient indexés sur les prix. Chaque fois que l’INSEE constatait une augmentation des prix, paf ! les salaires augmentaient d’autant. Jacques Delors décide d’en finir avec cette mécanique qui faisait du salaire une garantie de revenu stable.

Calmer la mauvaise humeur des jeunes

Avec cette désindexation prix-salaires, la réduction de l’inflation par « la politique du franc fort », la fin de l’encadrement des prix qui étaient fixés par le ministère des Finances, le développement affolant des marchés financiers et la célébration de « l’entreprise » qui devient le dieu des temps modernes, le développement du commerce international avec les importations massives depuis les pays à bas salaires, la désindustrialisation permise par les importations, la mécanisation, l’automatisation et autres « améliorations de la productivité »,  le chômage monte en flèche.

La faute à qui si ce putain de chômage grimpe dans les étoiles tandis que les salaires entament leur descente aux enfers ? Aux chômeurs, aux salaires, aux « charges » et aux « rigidités » bien sûr !

Mais il faut bien calmer la mauvaise humeur des jeunes qui « peinent à entrer dans la vie active » sans « mettre en danger la reprise » espérée par le gouvernement.

L’entourloupe se nomme TUC, Travaux d’utilité collective. C’est un gouvernement fauxcialiste qui invente en 1984 la première grande dérogation au droit du travail. On refile au jeune chômeur de 16 à 21 ans un emploi très mal payé, en dessous du salaire minimum légal, à durée hebdomadaire réduite imposée, avec un contrat à durée déterminée de trois à douze mois non renouvelable. Avec des cotisations réduites qui assèchent la Sécurité sociale. Un emploi financé et administré par l’État, avec mise à disposition à une association ou une collectivité territoriale.

Une longue série de bricolages destructeurs

Marie, 19 ans, est ainsi embauchée comme « tuquette ». Salaire très maigre, pas de voiture qu’elle ne pourrait se payer, difficulté à trouver une location en campagne, Marie loge sous la tente à côté d’un bois. Marie, qui de sa vie n’a jamais été malade, traîne une bronchite chronique qui ne passe pas. Quand le président de l’association à laquelle elle a été affectée, qui se relève d’un long séjour à l’hôpital, découvre la chose, il pique une très grosse colère. Il envoie Marie chez ses parents et la déclare présente durant les deux mois qu’il lui reste à faire pour lui permettre d’encaisser son salaire. Bien longtemps qu’on n’a plus ce genre d’égards…

Gustave est le maire de gôche d’une commune rurale proche de chez mes parents. Il comprend immédiatement tout l’intérêt de ces emplois gratuits. La municipalité de Gustave achète les maisons inhabitées de la commune, les fait rénover par des TUC ouvriers qualifiés du bâtiment avant de les mettre en location. Après six années de TUC, il y aura des années de CES, Contrat emploi solidarité. Une mécanique bien huilée où la petite commune comptera jusqu’à 17 employés en CES ! Ça continuera ainsi jusqu’à la mort de Gustave qui aura enrichi et repeuplé sa commune à peu de frais en pressurant une kyrielle de gens en galère.

Le TUC est la toute première étape d’une très longue série de bricolages destructeurs. Parce que tous ces foutus contrats dérogatoires au droit du travail ont dévalorisé très loin au delà du cercle des seuls salariés concernés. Avec le TUC, le gouvernement fauxcialiste a inoculé une maladie à virus qui, petit à petit, a contaminé tout le monde du travail.

Il est devenu normal, naturel, de payer avec le dos de la fourchette les chômeurs que l’on sort du chômage et les personnes « éloignées de l’emploi », les jeunes comme les proches de la retraite, les femmes célibataires et les mères isolées, les peu qualifiés comme les trop qualifiés, les handicapés et les travailleurs manuels, les victimes d’un « plan social » ou d’une « restructuration » comme les salariés « en reconversion », les aides-soignantes et les auxiliaires de vie… Liste sans fin.

L’incubation des Gilets jaunes commence en 1984 avec les TUC. Ou dès 1982 avec le « tournant de la rigueur », cette « parenthèse » provisoire qui devait nous sortir de la merde. Trente-cinq années de langue de bois et de promesses non tenues qui ont ruiné avec un soin méticuleux le crédit de la collectivité publique, des partis, des syndicats, des associations institutionnelles et de la gôche.


Graeme Allwright chante la « Ballade de la désescalade ».

 

Un citoyen ordinaire à la rencontre des personnes cabossées par la vie.