Le dépôt de bilan comme solution peinarde

Et si la meilleure solution pour la Grèce, le Portugal, l’Espagne, et tous ces pays chancelants les uns après les autres, était le dépôt de bilan en bonne et due forme ? La bonne vieille mise en cessation de paiement et le redressement pépère à suivre (politique, plutôt que judiciaire, cela va de soi) ?

__Dette financière et dette sociale__ Raisonnons. Comme le relevait Bernard Mari dans sa chronique sur France Inter du 12 mai, la dette publique des États est de deux ordres : la dette financière et la dette sociale (c’est-à-dire l’ensemble des services qu’un État doit à ses concitoyens). En quoi le « remboursement » de la seconde (la dette sociale) devrait-elle être toujours impérativement sacrifiée à la satisfaction pleine et entière de la première (le remboursement de la dette financière) ? Lorsque l’Union Européenne et le FMI, gendarme zélé de la finance internationale, proclamèrent leur plan d’aide à la Grèce, il est clair que ce n’était évidemment pas les Grecs qu’ils entendaient secourir (dette sociale), mais les échéances des banques et autres créanciers privés (dette financière). Idem pour le vaste plan de « sauvetage » bouclé en un weekend fiévreux et dans la panique par les mêmes gouvernants de l’UE. Passons sur le fait que tous ces plans d’opérette ne serviront à rien, faute d’une « reprise » un peu plus compromise par la multiplication sauvage des « plans de rigueur ». Notons qu’aucune population d’aucuns pays ne sera jamais en mesure de combler les déficits abyssaux générés par un système en état de mort clinique. Et essayons d’envisager une voie plus réaliste, humainement plus juste surtout. __Mise de fonds initiale et intérêts__ Lorsqu’une entreprise privée dépose son bilan, l’administrateur judiciaire respecte scrupuleusement une échelle de priorité légalement établie pour le remboursement des créanciers : le Trésor public et l’Ursaf en premier ; puis les salariés ; enfin tous les autres créanciers s’il reste quelques malheureux kopeck en caisse. Il est grand temps que les États procèdent de même et réexaminent l’ordre des priorités de remboursement de leurs dettes. En d’autres termes, est-il justifié de privilégier outrageusement le remboursement de la dette financière au détriment de la dette sociale ? Il conviendrait déjà, me semble-t-il, de distinguer dans un premier temps les mises de fonds initiales des créanciers, et les intérêts qui leur ont été promis. S’il semble parfaitement juste d’assurer le remboursement des mises de fonds initiales de ceux-là, il paraît beaucoup moins prioritaire d’en garantir les intérêts en cas de catastrophes économiques ou financières inédites, comme celle que nous traversons présentement. A l’heure qu’il est, on pourrait ainsi se demander si les mises de fonds initiales de la dette grecque n’ont pas déjà été totalement ou en partie compensées par le paiement des échéances précédentes. On sait que l’annulation des dettes de pays du tiers-monde interviennent toujours lorsque ces mises initiales, plus une juteuse partie de leurs intérêts, ont déjà été largement restituées. __En attendant de ressortir les fourches__ Qu’aurait risqué la Grèce en déposant proprement son bilan ? Être mise au ban des relations internationales ? Il lui est arrivé bien pire : se faire saigner à blanc et humilier par les dites instances internationales. À ce titre, le taux d’intérêt de 5% appliqué à l’aide qui lui fut accordée par ses cousins « charitables » de l’Union Européenne, relève carrément de l’obscénité. Il y a évidemment fort peu de chances qu’un quelconque gel des intérêts de la dette publique soit mis en œuvre par les pignoufs corrompus qui dirigent aujourd’hui les affaires du monde. Mais en attendant de ressortir les fourches, il se pourrait bien que les populations, réduites aux dernières extrémités et lassées de se faire pressurer par la clique des mafieux sans scrupules, finissent par poser brutalement le problème sur la table. N’est-ce pas ce que les Islandais ont signifié récemment à leurs dirigeants par référendum ?

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