Les élites face à la Grande Crise : 2. Quelques arbres et de jeunes pousses

 »« C’est bien beau de [taper sur les élites finissantes|/index.php?post/LES-ELITES-FACE-A-LA-GRANDE-CRISE-%281/2%29], mais tu les remplaces par qui ? » » Ah, j’étais sûr que tu allais me le sortir, ton argument fuyant, mon petit peuple ! Mais si, elle est prête, l’élite à venir. Elle piaffe d’impatience, juste encore un peu empruntée : quelques arbres assez solides, un tas de jeunes pousses se pressant au portillon. Et toi, peut-être, si d’aventure tu arrêtes de pleurnicher sur toi-même.

Bien sûr, si tu me ressors la gauche de salon, l’opposition de façade, c’est mal barré. Trop maqué avec le système, toujours prête à se précipiter du même mauvais côté du manche à chaque occasion (traité de Lisbonne, « aide » européenne aux Grecs \– ou plutôt aux banques contre les Grecs). Le « moins pire du pire » qu’on nous vend à chaque élection, ça suffit, on a déjà donné. Mais regarde un peu sur les côtés. Ça fourmille plus que tu ne penses. __Quelques arbres…__ Dans le monde politique d’abord, je t’ai déjà dit le bien que je pensais d’Europe Écologie et de son bataillon de personnalités du monde civil : José Bové, Eva Joly, Augustin Legrand… Reste à sa principale composante des Verts de ne pas céder à ses vieux démons de l’embrouille. Mais Cohn-Bendit a de l’envergure et plus d’un tour dans son sac. Pas mauvais non plus, le gars Mélenchon et son Parti de Gauche. Tonique. Et irrespectueux juste ce qu’il le faut des bienséances mielleuses du spectacle politico-médiatique. Lui faut juste s’affranchir de la lourdingue machinerie PCF (il n’y aura évidemment aucun candidat unique du Front de gauche en 2012). Tu vas bondir, mon petit peuple, je vais même te lâcher un nom de droite. Pas ma tasse de thé, la droite, tu le sais bien. Mais dans la pétaudière que nous allons traverser, mieux vaut ne pas être trop pointilleux sur les origines des « résistants » possibles. Je ne sais pas, mais je lui trouve quelques airs gaulliens, moi, au petit Nicolas Dupont-Aignan. Parmi les intellectuels, ça ne manque pas non plus. Il n’y a qu’à piocher : Paul Jorion, Emmanuel Todd, Frédéric Lordon, Éric Hazan… liste non exhaustive pour faire court. À toi de compléter… mais en évitant de nous resservir les vieux tocards usagés des plateaux-télé, s’il te plaît ! Bon, mon petit peuple, je te laisse, j’ai deux mots à dire à quelqu’un… __… et des tas de jeunes pousses__ Peuple-jeune ? Hého, tu m’entends ? Je suis un peu gêné aux entournures de m’adresser à toi. Tu as l’âge de mes filles, 20/30 ans, du temps où elles ont envie de tout entendre sauf les sermons de leur papa. Mais tout de même, je ne peux pas m’empêcher, ça me chavire le cœur de te voir dans cet état, parqué dans cette interminable et glauque salle d’attente, errant de stages minables en petits boulots merdiques, d’espoir déçu en absence d’espoir. Combien de temps tu vas tenir comme ça sans réagir, dis ? Tu as des tas de moyens à ta disposition, des tas, pour te regrouper avec les tiens ! Un exemple, tes apero facebook, une invention de génie si tu ne te contentes pas de t’y piquer la ruche à la vodka orange. Putain, la vie ça se conjugue au présent ! Qu’est-ce que tu attends, bordel, pour aller t’écorcher les genoux à la tienne ! De toute façon, pas d’autres solutions pour éviter le naufrage. Ou alors c’est que tu es déjà vieux et mort. Je ne veux pas y croire ! C’est toi, l’élite à venir. Je te dis ça sans flagornerie aucune. C’est juste générique. __Les urnes n’y suffiront pas__ Alors, mon bon vieux peuple, me revoilà à toi. Ça va ? On est dans un sacré merdier, n’est-ce pas ? Des épreuves pénibles à traverser, des périls terribles à affronter. Ça va secouer sérieux et personne ne sait dans quel état on va en sortir. Mais que nous reste-t-il sinon le panache d’une saine et vigoureuse réaction ? Je t’assure qu’en te parlant ainsi, je ne suis animé d’aucun romantisme juvénile. Ce qui est certain, sauf à rester les yeux merdeux, c’est que la solution ne viendra pas forcément et uniquement des urnes. Les sans scrupules d’en face ne lâcheront pas leurs os si facilement. Et il y a forcément un moment où chacun devra prendre ses responsabilités, faire un choix. Celle d’aller à l’abattoir sans piper, en gémissant des prétextes couilles molles genre « rien ne sert à rien, tout est foutu » (sur ce coup, ne compte pas sur moi pour compatir à ton sort). Ou celle de refaire valoir au mieux, avec les moyens appropriés, ces trois petits mots flétris : liberté, égalité, fraternité.

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Un voyageur à domicile en quête d'une nouvelle civilisation.