LA BOURSE COMME PRÉDATRICE DE L’ÉCONOMIE RÉELLE

Il y a de fausses vérités qui ont la vie dure. Ainsi celle pour qui les bourses serviraient à financer l’économie réelle et serait un baromètre de son état de santé. Or, comme le fait remarquer Bernard Maris dans [sa chronique du 12 avril|http://sites.radiofrance.fr/franceinter/chro/lautreeconomie/index.php] sur France Inter, c’est l’inverse qui se passe aujourd’hui. Les bourses jouent contre l’économie réelle et vampirisent les finances des entreprises cotées.

__Des résultats en trompe-l’œil__ En 2009, les sociétés du CAC 40 ont dégagé un bénéfice confortable de 47 milliards d’euros, moins fort qu’en 2007, mais suffisant pour satisfaire l’appétit des actionnaires. D’autant que la part des dividendes sur ces résultats n’a jamais été aussi forte : 50% des gains reversés contre 40% précédemment. Signe de la bonne santé de ces entreprises ? Que nenni : en 2009, le chiffre d’affaires moyen des entreprises du CAC 40, véritable baromètre de leur activité réelle, a fortement baissé (-8,90% hors résultats d’Alstom et de Pernod-Ricard, et même -11,64% hors le secteur financier surfant comme chacun sait sur des « plans de relance » providentiels). ((/public/Etude_CA_CAC40_2008-2009.jpg|Etude évolution CAC 40 2008-2009|C|Etude évolution CAC 40 2008-2009)) Bernard Maris note un autre fait important : jamais le volume d’actions sur le marché n’avait été aussi faible. C’est que pour faire remonter leur cote vacillante, les grandes entreprises n’ont pas hésité à procéder au rachat d’une part importante de leur portefeuille. __Un dépeçage charognard plutôt qu’un financement de l’économie réelle__ Ce qui ressort de cette analyse, c’est que bien loin de participer au financement de l’économie réelle, bien loin de jouer le pari de l’investissement, nos boursicoteurs se transforment en véritables prédateurs. C’est sans le moindre scrupule qu’ils n’hésitent pas à dépecer la bête chancelante qui pourtant les fait vivre. Un peu comme de vulgaires traders ou « capitaines d’industrie » s’arrachant bonus et retraites dorées avant l’ensevelissement. Les charognards dans toute leurs basses manœuvres de sauve-qui-peut. Y a-t-il signe plus confondant que tout ce « beau monde » ne croit même plus lui-même à l’avenir de la machine qui l’engraisse ? On remarquera de plus que les places boursières n’illustrent qu’une petite partie de l’activité économique réelle d’un pays. PME, artisans, agriculteurs jouent dans une toute autre division. Demandez donc aux chambres de commerce de publier le bulletin de leurs états de santé. Bien pire encore que celui des entreprises cotées. La bonne santé apparente affichée aujourd’hui par les places boursières (qui évoluent tout de même à quelques trente points en dessous de leur niveau 2007) est donc loin de témoigner de cette illusoire reprise économique. Bien au contraire, elle participe, avec un zèle aussi imbécile que suicidaire, de cette Grande Crise qui continue de ronger inexorablement notre système. Ubu au pas de course.

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Un "voyageur à domicile" en quête d'un changement de civilisation.