LES SEINS DE LOANA

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/// Ce qui m’a intrigué en premier, tandis que je terminais mon ultime café de la matinée en écoutant nonchalamment mon poste transistor, c’est le débit de sa voix. Des rafales de mots saccadées, mangées par la précipitation. Partagées entre une envie de dévoiler et un réflexe de rester prudemment en retrait.

Loana, « star » de la télé-réalité façon M6 ou TF1, était l’invitée de Pascale Clarke dans l’émission  » »Comme on nous parle » », sur France Inter, ce jeudi 4 février 2010. __ »<< C'est pas le visage à mon avis ! >> »__ Aux premiers échanges, quelque chose apparut qui clochait. Des vérités sous-tendues qui ne parvenaient pas à se libérer. D’autres qui sortaient impromptues. * Loana :  »<< Vous avez dit ? Le visage le plus quoi ? >> »%%% * Pascale Clarke :  »<< Le visage le plus scruté. >> »%%% * Loana (dans un ironique hachis de mots) :  »<< C'est pas le visage à mon avis ! >> » Ou encore… * Pascale Clarke :  »<< Qu'est-ce qui ressort pour vous sur ces neuf années de célébrité ? >> »%%% * Loana :  »<< Un changement de vie. J'habitais dans un 15 m2 avec ma mère. On avait du mal à manger. On mangeait des pâtes. J'étais obligée de travailler en boîte de nuit, en string, en soutien-gorge. C'était franchement pas l'avenir que je voulais quand j'étais petite fille. Non, non, j'veux pas être à poil dans les boîtes de nuit ! Je voulais être vétérinaire… >> » J’ai coupé la radio à cet instant-là, un peu mal à l’aise. Suis parti vaquer à mes propres occupations de la journée. Ce n’est que le soir que le buzz m’a rattrapé… __Marchandise de survie__ *  »<< Loana a montré ses seins à la radio, pendant l'émission de Pascale Clarke. Elle était filmée, mais avait oublié la présence de la caméra… la vidéo… sur le net… >> » J’ai recherché la fameuse vidéo de Loana avec Pascale Clarke. L’ai trouvée, regardée. Vu la scène des seins dévoilés. Ho ho ho, une si fugace vision sur une poitrine masquée par un soutien-gorge carcan ! À peine de quoi émoustiller un enfant de chœur tout juste pubère. Je n’entendais plus les paroles. Ne voyais que ce visage, tour à tour perdu ou moqueur, se fichant éperdument des propos de son hôte et de ses chroniqueurs, quêtant presque frénétiquement une attention dans l’assemblée hors caméra, multipliant les mimiques et les signes entendus en aparté, coupant la parole des chroniqueurs déconfits :  »<< Tu veux voir les seins de Loana ? >> » C’est drôle comme beaucoup d’entre nous sont obnubilés par les seins, les fesses, les ventres. Quand nous déambulons dans les rues, combien de nos regards à vriller vers tous ces seins, ces fesses, ces ventres ? Rien de plus naturel en somme, n’est-ce pas ? Pourtant là, il y avait quelque chose qui retenait, figeait les élans. Ce n’était plus des seins, des fesses ou un ventre que l’on nous offrait. Rien de doux, de soyeux, de chaud, ni même de vraiment troublant. Mais une marchandise de survie. __ »<< C'est mon métier d'accepter >> »__ * Pascale Clarke :  »<< Mais vous dîtes, mieux vaut tout de même être célèbre ? >> »%%% * Loana :  »<< Oui, oui, bien sûr, bien sûr, mieux vaut être célèbre, chanter, créer, être styliste, écrire des chansons… Plutôt que de ne pas savoir quoi manger le lendemain. J'ai pris l'habitude. C'est mon métier. C'est mon métier d'accepter. >> » Il y avait à cet instant de l’émission comme une inversion de sens. Mlle Loana Petrucciani n’avait pas la moindre chance de rencontrer le prince charmant auquel elle disait aspirer. Pas même un vulgaire président de quelque chose en mal de seins, de fesses, de ventres. Mais elle était, l’espace d’un instant, en train de retourner une situation en sa faveur. Jeune chiot aux abois se débattant dans le jeu de quilles médiatiques. Du coup, c’était nous, les auditeurs, les voyeurs, les Pascale Clarke et autres chroniqueurs mondains, qui paraissions franchement et assez tristement obscènes.

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A propos de Pierrick Tillet 3887 Articles
Un voyageur à domicile en quête d'une nouvelle civilisation.