CE TRAVAIL QUI BAT EN RETRAITE

[Martine Aubry|http://www.rue89.com/politiques-crise/2010/01/20/retraites-martine-aubry-engage-la-bataille-au-parti-socialiste-134668] vient de forcer le verrou de la retraite à 60 ans en annonçant qu’on pourrait bien travailler bientôt jusqu’à… euh, 61 ans ? 62 ? Plus ? Quelques timides protestations tout au plus pour la forme (Hamon). Et [François Chérèque|http://www.lefigaro.fr/retraite/2010/01/20/05004-20100120ARTFIG00599-retraites-la-cfdt-pour-un-rapprochement-public-prive-.php] d’applaudir aussitôt à tout-va, tous stylos à signature de futurs contrats dehors.

On peut à juste titre s’interroger sur cette drôle d’idée de prolonger le temps de travail des plus anciens, quand les entreprises n’ont de cesse de vouloir s’en débarrasser au plus tôt. Et que le système laisse sur le carreau du désœuvrement des quantités astronomiques de jeunes pousses qui se bousculent aux portillons. Pour l’heure, l’impression prévaut que c’est plutôt le travail qui bat en retraite. __Trop d’emplois inutiles ou nuisibles__ En réalité, il faudra bien convenir un jour que la société de plein-emploi a disparu. Tout au long de leur histoire, les humains n’ont d’ailleurs eu de cesse d’échapper aux contraintes du travail grâce aux progrès techniques et aux gains de productivité. Nous avons désormais atteint un tel niveau de développement et une telle saturation productiviste, que le plein-emploi se justifie difficilement. D’ailleurs, il n’existe plus nulle part. Ou alors sous forme de plus en plus précaire. Si l’on y regarde de près, une bonne partie de ce qui reste de travail et d’emplois aujourd’hui pourraient être supprimés sans aucun dommage pour la communauté. Combien de produits inutiles, de gadgets superflus, de gaspillages éhontés au nom de la « croissance » à tout crin, de la compétitivité et de notre désir de piquer la place aux concurrents, c’est-à-dire à tous les autres ? Les emplois faisant défaut dans certains secteurs comme nos malmenés services publics (santé, éducation…) ou ces emplois « verts » qu’on nous promet à cors et à cris, peuvent encore faire illusion. Mais ils ont bien peu de chances de compenser totalement la disparition (souhaitable) des « boulots-boulets » qui ne servent à rien, nous gâchent la vie et nous bousillent l’environnement. __Une inversion absurde de la logique économique__ Nous sommes prisonniers des vieilles croyances et des idées reçues. A l’origine, l’activité économique visait à produire, via le travail, des biens et des services destinés à satisfaire les besoins d’une population. Mais avec le temps et , c’est le travail qui est devenu l’incontournable but en soi. La sacro-sainte valeur. Avec l’argent ! Vous remarquerez qu’on ne parle plus jamais de relancer l’activité économique pour produire les biens et les services et satisfaire les populations… mais seulement pour créer des emplois ! Et faire de l’argent ! Logique absurde, destructrice, et un tantinet ridicule. Mais que personne ne semble en capacité de remettre en cause, surtout pas dans nos hautes sphères. Prétendre vouloir augmenter aujourd’hui le temps de travail, en prétextant le rallongement de l’espérance de vie et le problème des retraites, c’est s’appuyer sur un raisonnement obsolète à bien courte vue. __Une mutation indispensable de nos schémas de pensée__ Qu’on le veuille ou non, de gré ou de force, viendra le moment ou nous devrons intégrer cette réalité d’un monde sans plein-emploi dans nos schémas de pensée économique, politique, sinon philosophique. Et dans notre organisation sociale. Plutôt que de persister dans notre logique insensée, il nous faudra nous adapter. Plutôt que de vouloir rallonger le temps de travail au nom des urgences à court terme, il nous faudra inventer des modes de fonctionnement entièrement nouveaux où le travail (pas plus que l’effort ou le sacrifice) n’occupera la place centrale. Et ou ne pas travailler ne sera plus déchoir. C’est en ce sens que j’avais proposé dans mon petit programme politique, quelques mesures comme l’introduction d’un [revenu vital décent|http://yetiblog.org/index.php?post/Le-programme-du-Y%C3%A9ti-%3A-LE-PARTAGE-DES-REVENUS-ET-DU-TRAVAIL]. Qui n’est ni plus ni moins qu’une re-répartition originale des gains de productivité collectifs, aujourd’hui captés par quelques rapaces à la Proglio|http://eco.rue89.com/2010/01/20/deux-millions-par-an-pour-proglio-5-excuses-bidons-134637]. Mais tant que toutes les forces politiques en place continueront d’entretenir l’illusion d’un retour au plein-emploi comme objectif ultime (plutôt que celui de la quête du bien-être pour tous), la communauté humaine continuera tranquillement d’aller droit dans le mur.

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Un "voyageur à domicile" en quête d'un changement de civilisation.