HISTOIRE D’HAKIM ET AUTRES “PETITS MEURTRES ENTRE AMIS”

”« Pas de problème de sécurité ! »” s’est exclamé Jean-Paul Huchon, président de la région Ile-de-France, après le meurtre d’Hakim, le jeune lycéen du Kremlin-Bicêtre poignardé par un camarade. ”« Un drame individuel »”, ”« une terrible banalisation de la violence quotidienne »”, ont surenchéri Brice Hortefeux et Luc Chatel, respectivement ministres de l’Intérieur et de l’Éducation.

Et tous de s’appuyer sur la gratuité de l’acte, la futilité du prétexte, le non-sens de cette “incompréhensible” pulsion criminelle. Comme si un prétexte “sérieux” pouvait expliquer, sinon justifier un meurtre. C’est sur cette notion (fausse) de “gratuité” des actes que je voudrais attirer votre attention. Car le cas du meurtre d’Hakim, loin d’être un phénomène isolé, me paraît emblématique des dérives morales, mentales, qui frappent aujourd’hui l’ensemble de notre planète. __Pulsions contre raison__ Le professeur [Henri Laborit|http://fr.wikipedia.org/wiki/Henri_Laborit] expliquait que l’homme dispose de trois cerveaux superposés : * le premier, reptilien, qui déclenche nos comportements de survie immédiate (boire, manger, copuler…) ; % % % * le second, propre aux mammifères, qui est celui de l’affectivité et de nos pulsions ; % % % * le troisième enfin, ce cortex cérébral qui distingue l’homme de l’animal et prétend ordonner, domestiquer les deux premiers de façon originale ; c’est la fameuse “raison humaine”. Mais qu’advient-il quand la violence des stimuli extérieurs et des pulsions qu’elles engendrent débordent les capacités d’absorption du cortex cérébral ? Quand les structures sociales, culturelles, morales utilisées par la raison sont pulvérisées par les agressions des réalités extérieures ou de nos démons intérieurs ? Devant la perte des repères, les faisceaux de la reconnaissance, de la récompense qui nous animaient auparavant, laissent place libre au désarroi, à la peur, à la haine, au désir de punition et d’auto-punition, aux actes meurtriers, insensées et suicidaires. Notre pauvre raison ne sert plus guère qu’à donner ”« toujours une excuse, un alibi au fonctionnement inconscient de nos deux autres cerveaux »” (Laborit). __Pas de différence entre le lycéen meurtrier, le kamikaze suicidaire, ou les bombardements aveugles des “forces du Bien”__ Quel était le motif de la querelle entre Hakim et Islam, son meurtrier présumé ? Non pas la désinvolture de l’un à l’égard de la sœur de l’autre comme il fut dit, mais plus fondamental, l’exigence désespérée d’un “respect”, d’une “reconnaissance” rendue impossible par la perte de repères, la dissolution des tissus sociaux, culturels, moraux. On peut bien sûr, pour se rassurer, s’efforcer de réduire ces dérives à un cercle social prédéterminé : les banlieues ghettoïsées, par exemple. Mais quelle différence entre le geste fou du lycéen meurtrier et celui du jeune kamikaze nigérien, fils de bonne famille et d’éducation supérieure, qui mit le feu à ses habits pour faire sauter ses explosifs et du même coup le long courrier Amsterdam-Detroit ? Quelle différence avec ces ingénieurs, ces techniciens de haut rang qui précipitèrent les avions des vols UA175 et AA11, et eux avec, dans les Twin Towers de Manhattan ? Quels mobiles “sérieux”, “raisonnables”, animaient ceux-là ? Et le responsable militaire qui ordonne en toute connaissance de cause des bombardements aveugles de populations civiles ? Quelles motivations a-t-il ? Vouloir éradiquer les représentants du Mal et faire triompher son Bien à lui ? __Identité nationale contre charia__ Face au péril entraîné par ces pertes de repères, pour tenter de surmonter le désarroi et l’angoisse qui les étreignent, les collectivités humaines tentent de réagir chacune à leur façon. Ainsi, chez nous, le grand débat sur l'”identité nationale” initié par les Sarkozy et autres Besson. Mais leur démarche s’avère pernicieuse, faussée. Sous couvert de renforcer la cohésion du groupe, leur véritable objectif est surtout de maîriser et de contrôler étroitement ce groupe. Leur quête d’identité, caricaturale, s’opère et se renforce par la mise hors d’état de nuire de l’autre, “l’étranger”. Quelle différence entre un Besson et ces ayatollahs islamistes dont les charias, au prétexte de défendre une spiritualité, se nourrissent presque exclusivement de la destruction physique des impies ? __La restauration de la raison en recours ultime__ Par quelques bouts que nous le prenions, aucune révolution acceptable, aucun rétablissement politique ou civilisationnel ne sera possible sans un retour en force de la raison humaine et des principes humanistes fondamentaux qui lui servent de cadre. L’Histoire connut quelques triomphes éphémères de notre cher cortex cérébral. Généralement aux lendemains des catastrophes humanitaires ou à la mort d’un système sclérosé. Lorsque l’euphorie de re-vivre reprenait enfin le dessus et que les foules dansaient sur les “plus-jamais-ça”. Nous sommes aujourd’hui au pied du mur : allons-nous attendre le déluge ou nous relever ? Nous n’y parviendrons que si nous comprenons et maîtrisons au préalable les mécanismes qui nous font agir. Qui expliquent le meurtre “gratuit” d’Hakim et les dérives pathétiques des “grands” ou des moins grands de ce monde. > ”« Tant qu’on n’aura pas diffusé très largement à travers les hommes de cette planète la façon dont fonctionne leur cerveau, la façon dont ils l’utilisent et tant que l’on n’aura pas dit que jusqu’ici cela a toujours été pour dominer l’autre, il y a peu de chance qu’il y ait quoi que ce soit qui change »” (Laborit).

Un "voyageur à domicile" en quête d'un changement de civilisation, mais qui n'attend pas "le monde d'après" pour commencer à vivre.

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