UN PETIT PARFUM D’ENTHOUSIASME DANS UN MONDE DÉSENCHANTÉ

((/public/supporters_morales.jpg|Electeurs de Morales|L|Electeurs de Morales))Ce qui est réjouissant dans la réélection confortable d’Evo Morales à la présidence bolivienne (plus de 61 % des voix dès le 1er tour selon les premières estimations), n’est pas tant la victoire d’une politique ou la reconnaissance d’une personnalité attachante dans un monde maussade.

Mais le fait qu’au cours de cette démoralisante année 2009, il y ait eu AU MOINS un évènement politique qui se soit déroulé sur fond d’enthousiasme populaire, et non dans un esprit revanchard ou avec la résignation amère du choix par défaut. On notera que l’exploit mérite d’être d’autant plus souligné qu’il ne s’agissait pas d’une élection, mais d’une RÉ-élection. C’est-à-dire une approbation satisfaite d’un pouvoir qui a eu amplement l’occasion de montrer ce qu’il valait, ou non, sur le terrain. __Fiel__ On peut s’étonner alors de la méfiance que manifestent encore, à l’égard de l’heureux élu des Andes, des médias occidentaux assez pisse-vinaigre. Rares sont leurs articles sur Evo Morales où ne traînent pas insidieusement les qualificatifs infamants genre « populiste » ou « démagogique ». Un tout récent communiqué de notre AFP nationale (06.12.09, 13h21) est un chef d’œuvre en la matière. Extraits : >  »<< Les Boliviens devraient réélire dimanche pour un second mandat le président socialiste Evo Morales et lui permettre de poursuivre sa politique de réformes en faveur des indiens'' (notez bien ce piquant "en faveur des indiens" seulement, ndlr)''... possible hégémonie... dérives anti-démocratiques... rhétorique anti-libérale... progression du trafic de drogue... taxé de "populiste" par ses détracteurs... >> » Perdue au milieu de ce fatras, seule une petite phrase évoque la  »<< légitimité >> » du nouveau président à travers le soutien que lui apporte la  »<< majorité pauvre et indienne >> ». C’est peu ! On peut comprendre (à défaut de les partager) les aigreurs de nos chroniqueurs en cour devant les provocations tonitruantes d’un Chavez. Mais que diable reprocher au gentil Evo Morales ? Lorsqu’en 2007/2008, quelques riches régions de l’est du pays lancèrent leur fronde indépendantiste, fit-il donner son armée, ses CRS casqués, ses flashballs ou ses bombes lacrymogènes ? Non, il mit le plus démocratiquement du monde son mandat en jeu dans un referendum qu’il remporta avec plus de 67 % des voix. __Une mise en œuvre réussie du principe d' »exception sociale »__ Un autre enseignement est à tirer du genre de politique que les Boliviens ont très majoritairement reconduite. Celle-ci va à l’encontre de l’affirmation convenue comme quoi plus aucune politique nationale ne pourrait s’affranchir des contraintes du marché tout-puissant et sans entraves (surtout sociales), imposées par la mondialisation néolibérale planétaire triomphante. Non seulement, Evo Morales montre qu’une telle politique est envisageable, mais qu’en plus, elle marche. En douceur et avec le sourire. Une victoire de ce qu’on peut qualifier de [principe d' »exception sociale »|/index.php?post/RELATIONS-INTERNATIONALES], sans sombrer sous l’accusation incendiaire de protectionnisme forcené. Les électeurs de nos contrées européennes, sous leur toute nouvelle férule néolibérale lisbonienne, et en plein marasme économique et social, seraient bien aise de s’en souvenir.

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Un voyageur à domicile en quête d'une nouvelle civilisation.