DE LA LÉGITIME DÉFENSE

((/public/actionaires_Pinault_et_oeufs.jpeg|actionaires_Pinault_et_oeufs.jpeg|L))La menace leur pend au nez et ils commencent sérieusement à s’en inquiéter.  »« Jusqu’où peut aller l’insurrection française ? » » titre le Nouvel Observateur daté du 30 avril 2009. Dans une [vidéo|http://videos.nouvelobs.com/video/iLyROoafMMHS.html] en ligne, le rédacteur en chef de l’explosif dossier s’appuie sur un inévitable « spécialiste » de service pour tenter d’endiguer cette nouvelle source de pandémie à risques.  »« Spécificité française handicapante … Ce n’est pas la révolution … Aucune jonction entre les foyers … D’ailleurs, les révolutions interviennent dans des contextes d’instabilité économique considérable, de paupérisation ; on en est tout de même très loin en France ! » » Rien n’y fait. Le ver est dans le fruit. Et ils le savent.

Alors en désespoir le cause, maîtres et courtisans tentent la carte réchauffée de la culpabilisation.  »« Depuis deux semaines », note Denis Sieffert dans son éditorial Politis de la même semaine,  »il n’y a plus une interview d’un syndicaliste, ou d’un responsable politique de gauche, ou supposé tel, qui ne commence par cette objurgation en forme d’interrogation : “Et vous, vous désavouez ces violences ?” » » Sauf que manifestement, ça ne marche plus pour tout le monde ! Et principalement pour les franges de plus en plus agacées des masses dites “silencieuses”. Les sondages ne suffisent plus à cacher qu’une large majorité de Français approuve désormais ouvertement les coups de sang des salariés spoliés de leurs emplois, des profs et des étudiants en colère, de la jeunesse maintenue en marge de la vie active. Avec, parions-le, le secret espoir que les mutins réussissent dans leurs démarches subversives. Notons au passage que ceux qui brandissent l’épouvantail de la violence sacrilège, ne se formalisent guère de celles que les “forces de l’ordre” surarmés, à la présence de plus en plus ostentatoires, aux débordements de plus en plus outranciers et condamnés, exercent pour protéger un ordre qui n’est manifestement plus celui de tout le monde. En réalité, poser la question de la justification de la violence, c’est poser d’abord celle de la légitime défense et des moyens de l’exercer. Qu’on la déplore ou non, la violence est souvent le moyen ultime que trouvent les foules outragées pour faire respecter leurs droits, quand tous les autres ont été usés à la corde. À coté de cela, les jugements de valeur sur la question relèvent bien souvent d’une question de perspectives très vite datée dans le temps, si l’on en juge par la belle unanimité avec laquelle tous se retrouvent un jour, un 14 juillet par exemple, pour fêter la prise d’une quelconque Bastille. Étudiants allant jusqu’à sacrifier leur année d’examen, ouvriers désespérés séquestrant les cols bleus de la direction, gardien de prisons survoltés affrontant les forces de l’ordre, populations d’outremer excédées, personnels de santé dégoûtés… tous ont bien compris que les tenants du pouvoir n’ont pas la moindre intention de négocier quoique ce soit, de lâcher le moindre de leurs os. Il leur suffit de voir ceux-là poursuivre sans vergogne leurs goinfreries pornographiques comme si de rien n’était. Les syndicats mollassons, que des salariés sont de plus en plus nombreux à considérer comme les pompiers complaisants du système, feraient bien de s’en persuader sous peine de se faire rapidement déborder par leurs ouailles. Voici que d’aucuns responsables politiques du sérail (Jean-Luc Mélenchon) en viennent à proclamer la nécessité d’une “insurrection civique” ; voici que des enseignants, des universitaires et chercheurs bonshommes se lancent dans la désobéissance ouverte ; voici que nos chers jeunes, exaspérés, marquent de plus en plus leur impatience sans ce soucier des considérations morales formelles qu’on voudrait leur inculquer. La longueur de la crise, dont l’échéance vient encore d’être repoussée aux calendes par une Commission européenne que l’on ne peut guère soupçonner de gauchisme, pourrait bien tisser ces liens manquants que le sociologue du Nouvel Observateur mettait en exergue pour justifier sa défensive analyse. Les spoliés de tous milieux finissent toujours par prendre conscience qu’on n’enraie rarement les cyclones dévastateurs par des prières éplorées ou des vœux pieux, mais en tapant fermement sur la table. A l’image des actionnaires du groupe Pinault accueillis à une AG par une volée d’œufs aux cris de  »<< voyous, voyous >> » et de  »<< Pinault, sale escroc >> » (cf. photo AFP ci-dessus), quelques pifs importants ont tout lieu de s’en alarmer !

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Un "voyageur à domicile" en quête d'un changement de civilisation.