Gilets jaunes : un soulèvement populaire ne sent jamais complètement la rose

Gilets jaunes : un soulèvement populaire ne sent jamais complètement la rose

Pas un jour où les médias et les moralistes éplorés ne soulignent les exactions de quelques Gilets jaunes pour discréditer l’ensemble du mouvement. Dernier exemple en date : la prétendue remise de migrants par des Gilets jaunes à la police.

D’abord, rétablissons un peu les faits tels qu’ils se sont réellement passés à Flixecourt le mardi 20 novembre. Non, comme en témoignent France 3 Hauts-de-France et les vidéos tournées sur place, les migrants n’ont pas  été « remis à la police » par des Gilets jaunes. Ceux-là ont juste signalé des coups contre la paroi d’un camion-citerne immobilisé et c’est la police elle-même qui a découvert 6 réfugiés enfermés dans cette cuve [photo].

Que des propos fort douteux à l’égard de ces malheureux aient été prononcés par certains des témoins en jaune de l’affaire est indéniable. Mais cela pose la problématique de tout soulèvement populaire spontané. Ceux-là ne se déroulent hélas jamais sans dérapages ou débordements insupportables.

Ne pas laisser le soulèvement populaire des Gilets jaunes aux mains des seuls malfaisants

Ces exactions, ces débordements sont bien sûr totalement condamnables. Mais suffisent-ils à faire condamner le soulèvement populaire des Gilets jaunes dans son ensemble ? Les soulèvements populaires lors de la Libération de Paris et de la France en 1944-45 donnèrent lieu à un grand nombre d’abus sordides, de règlements de compte sinistres, de condamnations et d’exécutions sommaires. Cela suffit-il à disqualifier la Libération de Paris et de la France dont on rappellera qu’elle déboucha sur de nouvelles conquêtes sociales, la création de la Sécurité sociale, la reconstruction entière d’un pays dévasté par la guerre ?

Le mouvement des Gilets jaunes a tout, absolument tout d’un soulèvement populaire spontané. Comme tout évènement chaotique de ce genre, il secrète et continuera de sécréter son lot d’actes inadmissibles. Mais est-ce une raison pour l’abandonner aux mains des seuls malfaisants ?

On terminera en s’étonnant que les censeurs d’alcôves, si prompts à condamner ces dérives inexcusables, soient beaucoup plus discrets lorsque un pouvoir dont ils ont amplement facilité l’élection vote des lois permettant d’emprisonner des mômes dans d’effroyables centres de rétention ou les laissent crever en toute indifférence avec leurs familles aux portes de notre pays.

Un "voyageur à domicile" en quête d'un changement de civilisation, mais qui n'attend pas "le monde d'après" pour commencer à vivre.