LA TEMPÊTE QUI VIENT

En retenant l’appellation NPA (Nouveau Parti Anticapitaliste) pour leur mouvement tout neuf, Olivier Besancenot et les anciens de la LCR montrent qu’ils n’ont guère pris la mesure de la gravité des évènements actuels. À l’image du camp d’en face, ces prétendus « puissants » qui de G7 en G20 affichent juste leur désarroi et leur impuissance à relancer une machine en rade, nos « révolutionnaires » auto-proclamés paraissent hélas en retard d’une guerre. Car le capitalisme n’a plus besoin qu’on le combatte ou qu’on essaie de le sauver. Il est de lui-même tombé en état irréversible de mort clinique. Et sa chute ne date pas d’hier.

Dans un récent article publié par le quotidien Le Monde$$ »[Crise : le choc est à venir|http://www.lemonde.fr/opinions/article/2009/02/07/crise-le-choc-est-a-venir-par-harald-welzer_1152206_3232.html] », Harald Welzer (trad. Nicolas Weill), le Monde daté du 7 février 2009.$$, Harald Welzer, psychosociologue allemand, chercheur au Kulturwissenschaftlichen Institut d’Essen, écrit :  »« L’idée que, cette fois, il s’agit peut-être de plus que d’une “crise”, n’est apparemment venue à personne. (…) Notons d’abord qu’un évènement, considéré comme historique par la postérité, est rarement perçu comme tel en temps réel. » » Lancés dans nos batailles stériles pour sauver les fantômes de notre « splendeur » passée, nous sommes submergés par les désastres bientôt irréversibles que nous avons causés : climat et environnement gravement détériorés, énergies fossiles et ressources naturelles dilapidées, système financier ratatiné. Mais anesthésié par le quotidien, nous sommes incapables de prendre la mesure de la tempête qui vient. Harald Welzer :  »« Les bus fonctionnent, les avions décollent, les voitures restent coincées dans les embouteillages du week-end, les entreprises décorent leurs bureaux pour Noël. Autant de preuves de normalité qui viennent étayer la conviction bien enracinée que tout continue comme au bon vieux temps. » » Pourtant le début du déclin capitaliste remonte déjà à une bonne vingtaine d’années. Harald Welzer le situe en 1989, au moment de l’effondrement de l’Empire soviétique.  »« Alors la marche triomphale de l’Occident paraissait scellée ; on proclama précipitamment la fin de l’histoire, mais entre-temps, la suite semble avoir montré que, dans cinquante ans, les historiens pourraient bien dater de 1989 le commencement du recul des démocraties. » » Harald Welzer aurait pu rajouter que les années quatre-vingt coïncident également avec la mue désastreuse du capitalisme d’entrepreneurs en un capitalisme financier absurde et mortifère. Obnubilé par la certitude arrogante que plus rien ne pouvait lui arriver, l’organisation capitaliste et sa façade démocratique de plus en plus rongée par les méfaits de l’argent-roi, sont allées joyeusement s’emplafonner dans le mur de l’histoire. Mais une fois de plus, pas une « sœur Anne » pour voir quoi que ce soit venir. Je me souviens, c’était des années précédant la chute du mur de Berlin, dans une Hongrie encore sous férule d’un ours qui croyait aussi dur comme fer (ou faisait croire) à la fin de l’histoire et à l’avènement du prolétaire marxiste. Nous nous promenions dans la campagne hongroise assommée de chaleur et noyée de soleil. À l’horizon, un nuage de poussière et le fracas encore ténu d’un vrombissement. « C’est rien, nous fit comprendre notre hôte magyar. Les hélicoptères russes à l’entraînement ! » Et nous continuâmes notre ballade, insouciants, sans même songer à prendre la moindre précaution. Devaient être nombreux les hélicoptères russes, car le fracas et la tornade de poussière nous rattrapèrent à la vitesse d’un cheval au galop. Nous nous jetâmes dans les fossés, aussitôt recouverts d’une bonne couche d’un sable qui nous piquait les yeux, nous grattait la gorge, nous envahissait les oreilles et nous fouettait la peau. Pluie et grêle succédèrent à la tornade qui déjà s’éloignait. De retour au village, trempés comme des soupes et tremblants comme des feuilles, nous ne pûmes que constater les dégâts : branches d’arbres arrachées, tuiles et ardoises envolées… Au lieu de s’agiter comme des gamins au milieu des décombres en brandissant leur épée anticapitaliste en bois, au lieu de se perdre en chamailleries puériles avec leurs congénères de cour de récré (de gauche), Olivier Besancenot et tous les autres, de tout bord, feraient mieux de venir donner un coup de main à construire la nouvelle toiture. Ou faut-il une fois de plus que nous laissions aux historiens du futur le soin de dresser le constat amer de nos occasions manquées et de nos tragédies consacrées ?

Un "voyageur à domicile" en quête d'un changement de civilisation, mais qui n'attend pas "le monde d'après" pour commencer à vivre.