17 novembre : le peuple dans la rue, enfin !

17 novembre : le peuple dans la rue, enfin !

« 282 000 « gilets jaunes » » (chiffre Castaner) sortis de nul part et surtout pas encadrés par des organisations officielles, ce serait déjà un succès monumental pour ce 17 novembre. Mais ces chiffres sortis du chapeau gouvernemental permettent, sans grand risque d’erreur, de les multiplier par deux ou trois (NB : le syndicat France Police des « Policiers en colère » dénombrait quant à lui plus d’un million de manifestants à 16 h !).

Qu’importe le nombre pourvu qu’on ait l’ivresse : en réalité, tout le monde, autorités comprises, était bien incapable de compter quoi que ce soit :

  • tant ces explosions de colère populaire sortaient des chemins battus, les participants entonnant des chants et des slogans totalement inédits dans ce genre de manifestation :
À Chinon, des gilets jaunes bloquent la circulation en chantant la chenille.
  • surgissaient d’où on ne les attendaient pas ; pas moins de trois blocages dans ma ville – très droitière – de Vannes :
Des gilets jaunes à Vannes (56)
  • décontenançaient même les flics par leurs réactions inédites et finissaient par commettre l’impensable en parvenant à moins de 100 mètres de l’Élysée :
Gilets jaunes, à moins de 100 m de l’Élysée, chantant la Marseillaise et criant « Macron démission ! ».

Un signe : aucun slogan véritablement politicien ce 17 novembre, ni de droite (extrême ou pas), ni de gauche ; mais l’expression d’une vraie colère et d’un ras-le-bol inébranlable.

En marge de cette sédition populaire, les pisse-vinaigre pissaient gras, très gras :

Dessin de Xavier Gorce, paru dans Le Monde

Mais c’est le lot des vaincus : la rancœur. Et celui des vainqueurs : la jubilation.

Que va-t-il advenir de cette irruption spectaculaire du peuple dans le paysage politique ? Nul ne le sait. Certainement pas les pisse-vinaigre dépassés, ni les bien-pensants de gauche restés douillettement chez eux en brandissant un dérisoire gilet vert bardé de slogans impuissants faute d’être défendus dans la rue.

Même pas les organisations officielles déjà en train d’essayer de récupérer un évènement qui les dépasse largement, comme la CFDT demandant au président Macron de « réunir très rapidement » syndicats, patronat et associations « pour construire un pacte social de la conversion écologique » [éclat de rire, ndlr].

Seul le peuple, qui ce soir peut être fier de lui, sait. En tout cas, nul doute que sa démonstration éclatante de ce 17 novembre n’est guère de nature à décourager sa détermination.

Un "voyageur à domicile" en quête d'un changement de civilisation, mais qui n'attend pas "le monde d'après" pour commencer à vivre.