LE CHASSEUR « PRIMAIRE »

Il y a une chose qui me turlupine depuis quelques temps. Ces histoires de banques qui prétendent n’avoir plus un sou vaillant à prêter et qui tarissent le circuit du crédit indispensable à la survie du système. Mais alors si les banques n’ont plus d’argent, si elles n’arrivent pas à s’en procurer par « manque de confiance » entre elles, et si TOUTES prétendent la même chose, OÙ IL EST, CE PUTAIN DE FRIC ? Eh bien, figurez-vous que j’ai trouvé. En allant acheter des poireaux au marché. Vous avez déjà entendu parler des chasseurs « primaires » ?

Entre poireaux et carottes, au marché, je croise un copain qu’avait un copain qu’était… Un chasseur « primaire »$$Je ne sais pas si c’est vraiment comme ça qu’on les appelle, mais c’est ainsi que mon copain nommait son copain. Plus exactement, « chercheur primaire ».$$, c’est un type engagé par les banques pour leur rapatrier le fric qui leur manque. Pas dans les dépôts des clients réguliers qui ont fondu comme neige. Évidemment pas non plus dans les comptes des gagne-petit qui pètent le découvert de toutes parts… Non, les chasseurs « primaires » sont chargés de le traquer là où il est, le pognon. Dans les paradis fiscaux, dans les pays émergents gavés de fonds souverains… Une des réserves de chasse du copain de mon copain, c’est la Russie des oligarques. — Quoi ? comment ? C’est le fric de la mafia russe qui financerait la petite gentilhommière en ville que je désirais si follement m’offrir ? Ben ça serait intéressant de vérifier, ami lecteur. Nos chasseurs « primaires » pistent comme des malades forcément partout où ça renifle le flouze. Dans les pays à fonds souverains où on fait trimer les mômes, dans les paradis fiscaux pas toujours clairounets en matière de blanchiment d’argent, c’est le moins que l’on puisse dire. Le travail du chasseur « primaire » est de s’attaquer aux marchés dits « primaires ». Pour officiellement leur vendre des obligations. Notre vie à crédit, le sauvetage désespéré de notre machine économique et financière en sont à ce point limite : ils dépendent de pécules qui ne sentent pas forcément la rose ! Or là se pose un énorme problème : les riches planqués ne veulent même plus leur refiler les patates, échaudés qu’ils ont été par leurs pertes de la crise financière, refroidis par l’état agonique du tacot économique, douchés par ces États hagards au bord de la cessation de paiement. Les voici couchés sur leurs magots comme des grabataires attendant le déluge. D’un côté, la machine économique est en panne parce que ces louches nantis ont piqué tout le carburant. De l’autre, vu l’état lamentable de la chignole, ces mêmes personnages savent qu’ils ont toutes les chances de ne pas récupérer le peu de liquide qu’ils remettraient dans nos réservoirs percés. Alors ils laissent la machine déglinguée crever à petit feu, sans même plus voir que leur existence à eux aussi en dépend. En attendant, ils ne reste à nos gouvernants affolés, et sacrément coincés, qu’à s’inventer des milliards de milliards, aussi consistants que les vents coulis. Car les chasseurs “primaires” reviennent de plus en plus fréquemment bredouilles de leurs chasses. J’incite vivement les journalistes vrais de vrais à se pencher sur leurs étonnants safaris. Les mécanismes financiers et économiques sont d’une effarante simplicité. Suffit juste de VOULOIR les connaître.

A propos de Pierrick Tillet 3651 Articles
Un "voyageur à domicile" en quête d'un changement de civilisation.