LE DESTIN DES ABEILLES

((/images/CCD.jpg|CCD|L))En son temps, il paraît que le visionnaire Albert Einstein aurait déclaré :  »« Si l’abeille disparaissait de la surface du globe, l’homme n’aurait plus que quelques années à vivre. » » J’ignore combien il nous reste à vivre, à nous et aux abeilles, mais le dangereux déclin de leurs colonies commence déjà à peser sur notre existence au quotidien. Un certain Dennis van Engelsdorp a récemment un pondu un gros rapport sur ce sujet, avec un titre de film-catastrophe :  »Colony Collapse Disorder » (titre français : « Syndrome d’effondrement des colonies ».) Dennis van Engelsdrop pointe dans son rapport les premiers effets de cette agonie sur la production de fruits et légumes. Phénomène particulièrement sensible aux États-Unis où l’industrie apicole revêt une bien plus grande échelle qu’en vieille Europe.

Au début, c’est toujours comme ça quand un mal insidieux s’apprête à ronger le monde. Il laisse un peu perplexe par son insignifiance, par ses à-côtés fantaisistes, quasiment anecdotiques.  »« Pour la première fois  »(dit le rapport Engelsdrop$$Cf. [interview|http://www.lemonde.fr/sciences-et-environnement/article/2008/09/19/le-declin-des-abeilles-produit-ses-premiers-effets-economiques_1097085_3244.html#ens_id=1097180] du journal Le Monde.$$) » des producteurs de concombres de Caroline du Nord ont réduit leur production jusqu’à 50 % simplement parce qu’ils n’ont pas trouvé suffisamment de colonies disponibles pour assurer la pollinisation. » » Oh bien sûr, on peut rire. Bien sûr, il existe d’autres pollinisateurs sauvages, comme le bourdon… sauf que eux aussi sont en voie de disparition ! Sale affaire, méchante affaire… Oui, c’est toujours comme ça, au début. On lève un sourcil déconcerté sur le problème et on se crêpe nonchalamment le chignon en quête de quelques responsables : l’abus de pesticides ? le réchauffement de la planète ? les ondes électromagnétiques des antennes-relais ? … Pendant ce temps-là, les colonies d’abeilles continuent d’être décimées.  »« On ne retrouve dans la ruche que la reine et les individus les plus jeunes. Quant aux cadavres des individus adultes, ils ne sont pas retrouvés dans la ruche, ni même à proximité. » » J’ignore si la sombre prédiction d’Albert Einstein est vraiment vrai. D’aucuns doutent même que ce génial personnage l’ait réellement formulée. Mais, je ne ne sais pas vous, je ne me sens pas tellement tenu de tenter le diable ! Je juge même beaucoup plus prudent de prendre les devants et de m’occuper de notre ruche humaine à nous. Parce que, dis donc, de ce côté-là, c’est pas brillant non plus ! Au début, toujours, les premiers symptômes de désagrégation d’un système sont presque aussi dérisoires que le mal être des concombres de Caroline du Nord. Pourtant ces symptômes de destruction sont bien là ! Ils apparaissent toujours à travers la lente désagrégation de nos infrastructures de vie. Regardez bien la dégradation galopante des transports ferroviaires, ces trains pourris qui n’arrivent plus du tout à l’heure. Regardez le délabrement grandissant des secteurs de santé. Regardez le mammouth embourbé de l’Éducation nationale, le courrier postal tétanisé avec sa ridicule « banque postale », regardez l’érosion programmée des protections sociales, des droits humains fondamentaux. Ajoutez-y les bouleversements climatiques, les échauffements internationaux… Abeilles, humains, même combat ! Il y a quelques jours, David Rosenberg, économiste en chef pour l’Amérique du Nord de la moribonde banque US Merrill Lynch, a pu déclarer :  »« Le capitalisme prend un congé sabbatique. » » Les plus défaitistes arguent que de toute façon celui-là renaît toujours de ses cendres, toujours plus impudent, plus désespérant. Oui, mais le dernier « congé sabbatique » du capitalisme a duré une bonne quinzaine d’années, de 1929 à 1945, avec à la clé la tragédie atroce d’une guerre mondiale. Mais aussi avec les plus formidables avancées sociales que notre histoire ait jamais connues : le Front populaire de 1936, les ordonnances du Conseil national de la Résistance en 1945. À l’heure où les structures financières s’effondrent dans le même fracas retentissant que jadis déjà l’empire soviétique et son lamentable mur de Berlin, il faut convenir que nos perspectives d’avenir sont désormais bien ténébreuses. Pourtant, qu’on le veuille ou non, les abeilles, même en péril, n’ont toujours pas totalement disparues de la surface de cette planète. Elles sont tenaces, les vaches ! Continuent leur laborieux labeur comme si de rien n’était. Et l’œil exercé du voyageur à domicile, pour peu qu’il s’affranchisse de la panique ambiante, pourra distinguer dans cette décourageante purée de pois, quelques fragiles signes de réconfort. Oh si pâle, si ténue, la p’tite fleur à butiner, mais bien là. Peu à peu, sans doute plus contraints que convaincus, mais qu’importe, nos comportements commencent à changer. L’arrogance des arrogants a un peu de plomb dans l’aile depuis quelques mois. Regardez l’effondrement des ventes de 4×4 et le succès de la petite bagnole à deux sous, tout un symbole que n’explique certainement pas seulement l’appauvrissement général. Regardez les dernières tendances en matière de constructions immobilières, cette recherche encore embryonnaire d’économie d’énergie, le lent décollage des technologies vertes, de la maison en bois, des nouvelles isolations écologiques, des ressources énergétiques alternatives. Regardez les nouveaux comportements de consommation de nos concitoyens, le développement des AMAP, la redécouverte de la débrouille. Il y a dans les attitudes, une posture beaucoup moins péteuse, une soudaine retenue, gênée sans doute chez certains, oxygénante chez quelques autres. Des lambeaux d’espoir, certes, mais bien présents, qu’il serait criminel de railler ou de négliger. Qu’il nous faut impérativement polliniser. De quoi d’autre pourrions-nous faire notre miel dans les jours difficiles qui nous attendent ?

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Un voyageur à domicile en quête d'une nouvelle civilisation.