CHRONIQUE ORDINAIRE DU GRAND BANDITISME

((/images/banditisme.jpg|banditisme|L)) Figurez-vous que notre Assemblée nationale va, après la loi OGM et la réforme des institutions, s’attaquer à un projet de loi dit, sans rire ni pleurer,  »Loi de « Modernisation » Économique » ( »LME »). En gros, une énième embrouille grossière qui consiste en un texte de 44 articles d’après lequel, en s’appuyant sur des espoirs fous de croissance ressuscitée et sur une explosion fantasmée des offres d’emplois, on débouchera « forcément » sur « plus de pouvoir d’achat » , ce désespérant miroir à gogos qui maintient les veaux sous perfusion.

Faut vraiment être gonflé pour oser employer ce vocable de « modernisation » économique sans guillemets, ce lamentable brouet, alors que n’importe quel nigaud est en mesure de savoir que le seul but de la bande de canailles au pouvoir est de détricoter totalement tout ce qui faisait notre spécificités en matière de protection sociale et de service public, de saigner le pays aux quatre veines jusqu’à lui faire rendre gorge de tout ce qui en faisait la richesse. Tous ces hypocrites qui prétendent renforcer le pouvoir d’achat, alors qu’ils ne ratent pas une occasion de l’amputer. À leur profit. « Bande de canailles », « hypocrites » et « grand banditisme », j’assume totalement. Aujourd’hui 5 juin 2008, vient d’être publié le rapport de la mission d’information déléguée par la commission des finances de l’Assemblée nationale pour jeter un œil sur les niches fiscales. Eh bien figurez-vous qu’en 2007 la mission en question a débusqué 486 niches et constaté qu’en cinq ans le coût de ces niches pour riches était passé de 50 milliards d’euros à 73 milliards, soit 27 % des recettes fiscales nettes de l’État ! 73 milliards de magots escamotés par des dégueulasses (appelons un chat un chat !) à des caisses de l’État exsangues. (En comparaison, le fameux trou de la sécu = env. 13 milliards ; et la dette publique française = 45 milliards.) Ajoutez à cela les augmentations faramineuses de revenus que se sont auto-accordés les « capitaines d’industrie » du CAC 40 (+ 48 % en 2007), plus les coups montés genre délits d’initiés EADS, ou caisses noires de coquins patronaux. Et vous avez la mesure de la formidable entreprise de piraterie dont est victime notre pays avec la bénédiction de leurs complices des hautes-sphères de l’État. Dernier évènement en date, dans [une interview|http://www.rue89.com/2008/06/06/uimm-la-caisse-noire-remplie-par-des-stagiaires-fantomes] donnée à Rue 89 et à France Inter, Annick Le Page, ancienne chargée de mission de la Fédération des industries mécaniques (FIM), adhérente à l’UIMM, vient de vider son sac. Elle avait déjà dénoncé en vain il y a une dizaine d’années les détournements de fonds frauduleux des « métallos » au point de se faire virer. Elle vient de récidiver en révélant crûment comment ceux de l’UIMM ont siphonné pendant des décennies  » »au moins la moitié » » de l’argent de la formation professionnelle qui leur était alloué… Et pendant ce temps-là, le bon peuple avale sans piper des couleuvres invraisemblables comme cette loi de « modernisation » de l’économie. Le bon peuple crie haro sur les misérables fraudes au RMI ou aux Assedic, sur les pauvres combines des précarisés de tout poil, sur les sans-papiers que traquent de sinistres préfets façon Papon. Écœurant ! Eh oui, Madame, Monsieur, nous voici au temps de la grande « modernisation » de la vie publique, quand la place des truands n’est plus dans les geôles, mais ouvertement dans les arcanes du pouvoir. Ceux qui pensent encore qu’on solutionnera la situation en traitant avec ces bandits sans foi ni loi, sont des nouilles gratinées. Ou des comparses inavoués. Dans des situations aussi critiques, on ne négocie plus, on ne discute plus, on vire. Faute de prise de conscience à temps de cette réalité douloureuse, et de réactions rapides pour l’enrayer, on sombrera dans l’ignominieux comme nos anciens à certaines autres périodes nauséabondes. Je ne sais pas vous, mais j’ai soudain une irrésistible nostalgie de cette époque où des sans-culottes décidés allaient piquer grave le cul de la fripouille dodue et dégoulinante.

Un "voyageur à domicile" en quête d'un changement de civilisation, mais qui n'attend pas "le monde d'après" pour commencer à vivre.