JO : BOYCOTT SANS CONDITIONS !

((/images/beijing_2008.jpg|RSF|L)) » »Il ne faut pas boycotter les JO, pour que des hommes comme eux » (NB : Tommie Smith et John Carlos, levant leurs poings gantés aux Jeux de Mexico 1968)  »puissent se rencontrer pour vivre encore des histoires telles que celle-là. » » Voilà un commentaire ajouté par mon ami Nose de Champagne à la suite du billet [ »Histoire émouvante »|http://www.yetiblog.org/index.php?2008/04/10/84-histoire-emouvante]. Plusieurs autres interventions allaient dans le même sens. J’avoue avoir hésité, réfléchi. Mais non, il n’y a plus aucune raison d’aller à ces JO et toutes les raisons de ne pas y aller, en Chine ou ailleurs. C’est mort !

Je confesse être un amateur passionné de sports. Et surtout de ceux, ces sports du pauvre si peu médiatiques hors ce contexte, que les jeux olympiques sont les seuls à nous offrir à voir. Je pense aussi que, quoi qu’on en pense, il faut favoriser toutes les occasions de rencontres internationales entre les peuples. Faut-il rappeler que les jeux olympiques de l’Antiquité ont été créés pour ménager des pauses entre guerriers exténués. La fameuse « trêve olympique ». Mais là, non, c’en est définitivement trop ! Même la solution intermédiaire, le boycott de la cérémonie d’ouverture, n’est plus qu’un pis-aller insuffisant. Tommie Smith, un des héros de l’  »Histoire émouvante », vient de déclarer qu’il ne dissuaderait pas les athlètes d’aujourd’hui d’imiter son geste de Mexico, mais qu’il tenait à les avertir des sacrifices énormes que cela impliquait. Qu’attendons-nous de ces jeux ? Que quelques-uns se sacrifient, comme Tommie Smith, John Carlos, et cet obscur troisième larron du podium, ce Peter Norman ? Qu’ils aillent au casse-pipe pour sauver l’honneur et la bonne conscience des milliards de télespectateurs assis ? Que leurs actions spectaculaires méritent de figurer sur les posters qui tapisseront plus tard les chambres de nos enfants ? Pour quoi ? Pour qui ? Et à quelle « trêve » correspondent désormais ces jeux ? Ils sont une prolongation de la meurtrière guerre économique qui dévaste notre monde. N’est-ce pas pour des raisons de conquêtes de « marchés », que les responsables cyniques du CIO ont attribué l’organisation de cette nouvelle olympiade à la Chine ? Une trêve pacifique exaltant notre « humanisme » ? Allons voyons, qui ne voit que les masques sont définitivement tombés avec cette pitoyable affaire du si naïf écusson  » »pour un monde meilleur » », et le veto cinglant des responsables du CIO ? Et une « trêve humaniste » dans quel pays ? Puisque le régime au commande de celui-ci est de notoriété connue comme un des plus dévastateurs en matière droits de l’homme les plus élémentaires. Le Tibet n’est qu’un arbre dissimulant la forêt. Faut-il rappeler les centaines d’exécutions capitales annuelles ? Faut-il évoquer l’état de pauvreté, et même d’esclavage, dans lequel sont maintenus des populations entières de paysans et d’exclus, d’enfants ? La liberté d’expression totalement muselée ? La venue des Jeux allait-elle contrebalancer ces lamentables dérives ? C’est le contraire qui se produit. Et le fait que des États de l’Empire, à la botte de leurs détestables multinationales mafieuses, aient des comportements tout aussi odieux, n’est pas une circonstance atténuante, mais facteur aggravant. D’ailleurs, une trêve avec quels participants ? En ce moment de préparation, en natation par exemple, des tas de records mondiaux tombent à la pelle, tous les jours ? Vous avez vu la morphologie de tous ces  »recordmen », de toutes ces  »recordwomen » ? Comme celle de notre dernier champion aquatique ? À côté, les super-héros sur-vitaminés des BD de notre jeunesse tiennent du gringalet famélique. Faut-il rappeler que pratiquement tous les récents précédents « dieux » des stades ont été convaincus de vil dopage ? Nous sommes devenus fous, totalement dingues. Hallucinés par ce désir frénétique de dépasser notre insupportable condition, de terrasser les obstacles de la nature avec notre morgue scientifique, nous préférons avancer les yeux merdeux, plutôt que de voir la réalité de notre démence. Non, les jeux olympiques tels qu’ils se profilent n’ont vraiment plus rien à voir avec une « trêve ». Ceux, sportifs, officiels, qui participeront à cette mascarade se déconsidèreront. Pourtant une vraie trêve, oui, nous en avons bien besoin. Un petit moment de réflexion, de respiration, de reprise de conscience. Mais loin des stades guerriers et vociférants, des marchés mortifères et des exploits pharmaceutiques. De toute façon, que nous le fassions ou non de notre propre chef, nous sommes en bonne voie d’y être bientôt contraints par cette nature elle-même que nous prétendions dominer. Quoi qui se passe, pour la première fois de ma vie, je n’allumerai en aucun cas ma télévision pour y suivre ces tristes « jeux ». S’ils ont lieu.

Un "voyageur à domicile" en quête d'un changement de civilisation, mais qui n'attend pas "le monde d'après" pour commencer à vivre.