AU CŒUR DE LA TOURMENTE

Voilà quelques temps que nous alertions ici sur l’imminence d’une explosion mondialisée d’une extrême gravité. C’est avec la plus immense désolation que nous constatons aujourd’hui l’exactitude de ces prédictions. Pas trop compliquées, d’ailleurs, les prédictions, tant les signes annonciateurs en étaient patents. Et nous y voilà ! Nous ne sommes plus à la veille d’un cataclysme. Nous sommes désormais en plein cœur de la tourmente.

Les émeutes de la faim qui éclatent au quatre coins de notre monde en loques n’ont plus rien d’évènements sporadiques. Plus de quarante pays aux abois sont touchés. Les premiers morts annoncent déjà les tragédies prochaines. Les foyers de contagion s’embrasent partout comme autant de bombes à retardement lâchées là par notre prétention insupportable en l’infaillibilité de notre supériorité occidentale.

Nous aurions tort de croire qu’une simple couleur de peau nous protège encore du sort des miséreux d’outre-monde riche. Sur l’Empire aussi, la gangrène de la précarisation s’est répandue. Faut-il, pour s’en convaincre, dresser ici un topo exhaustif du désastre, entre la paupérisation galopante des couches populaires, la fragilisation des classes moyennes, le saccage des systèmes d’éducation et de santé ?

La désintégration jour après jour de nos services publics, toutes ces suppressions de postes, ces coupes sombres budgétaires, ne correspondent même plus à une volonté politique, mais sont l’aveu d’une véritable banqueroute de l’État, de tous les États prétendument riches, depuis longtemps saignés à blancs par des voyous.

Quant à notre pauvre planète, les blessures que nous lui avons infligées se sont vertigineusement infectées et produisent leurs premiers symptômes dévastateurs. Même les quelques « territoires protégés » des salopards sont atteints. Et salement.

L’inéluctabilité de l’effondrement financier et économique n’est plus un mystère pour personne. Il est en cours. Les prochains jours, je dis bien, les « prochains jours », pourraient être cruellement révélateurs, avec l’annonce de résultats trimestriels calamiteux d’entreprises US consacrant la récession, et la révélation des véritables gouffres financiers du système bancaire.

Oui, voilà à quelles extrémités dégueulasses et lamentables nous a conduit un système cynique et imbécile qui osait encore il y a peu se revêtir des oripeaux de la « modernité ». Aujourd’hui, ses représentants s’alarment et paniquent. Ils parlent désormais ouvertement de cataclysmes et de risques de guerre. Le FMI, la banque mondiale, découvrent soudain la gravité de la situation et l’urgence de réagir. Les voici qui sortent le fric, après avoir si longtemps laissé croupir des populations entières au nom du marché triomphant et de la « libre-concurrence ».

Mais trop tard, bien trop tard !

Mais trop tard. Bien trop tard ! L’engrenage implacable est engagé que seule la sagesse humaine pourrait encore, peut-être, enrayer. La « sagesse humaine », parlons-en ! Savez-vous où s’investissent aujourd’hui les capitaux privés chassés par la crise des  »subprimes » ? Dans les matières premières agricoles, riz, blé, maïs… Celles dont le prix monte et affame les populations en difficultés. Le sale petit jeu pervers, inarrêtable, continue de faire ses dégâts : stockage artificiel pour encore faire grimper les tarifs, spéculations diverses… la boucle est bouclée ! Les émeutes de la faim ont de tristes jours devant elles.

Je me suis promis lors de précédents billets de ne jamais évoquer nos drames humains sans essayer de trouver au moins un tout petit moyen d’en réchapper. Assez coton en l’occurrence, n’est-ce pas ? Car si nous sommes en pleine tourmente, nous n’avons pas encore touché le fond. Et c’est sur des ruines qu’il nous faudra reconstruire.

Il est bien difficile d’entrevoir une solution aujourd’hui. Il va falloir beaucoup de courage et une volonté hors du commun pour surnager dans ce naufrage, pour ne pas nous laisser contaminer par l’affolement et l’aveuglement général. Pour ne pas céder aux pulsions névrotiques, aux élans suicidaires. Pour nous garder des colères meurtrières et des repliements stériles sur nous-mêmes ou sur quelques vieux et vagues échafaudages idéologiques branlants.

Sang-froid, calme, raison, lucidité, patience inébranlable. C’est la seule attitude à adopter que je vois nous rester, la seule qui vaille dans les périodes troublées. Comme par le passé, seule la poignée des résistants stoïques aux pieds bien arrimés au sol saura dessiner les pistes de sortie de cet enfer.

Un "voyageur à domicile" en quête d'un changement de civilisation, mais qui n'attend pas "le monde d'après" pour commencer à vivre.