LA CRISE EXPLIQUÉE AUX ENFANTS

Incroyable, je viens encore de lire un papier où de doctes « spécialistes » croient bon de sonner solennellement l’alerte !  » »États-Unis: la crise financière fait craindre la pire récession depuis 1945″ » ([Boursorama – 22/03/2008|http://www.boursorama.com/international/detail_actu_intern.phtml?&news=5294045]). Mais c’est depuis 1945 qu’elle est patente, la crise ! Et depuis une bonne dizaine d’années qu’elle saute aux yeux. Que des pékins du commun, le nez dans le cambouis, n’aient pas le recul nécessaire pour tout saisir, peut se comprendre. Mais des « spécialistes » ! Les mécanismes économiques et financiers qui conduisent aujourd’hui à la catastrophe sont d’une simplicité ENFANTINE ! Allez, assis à vos tables, ouvrez vos cartables, sortez cahiers et crayons…

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/// Le système capitaliste, dit aussi libéral ou néo-libéral, est basé sur un postulat qui tient à une « inflammation » de la nature humaine : la croissance, en clair le « toujours plus ». La croissance est le moteur de la machine capitaliste. Sans moteur, plus de machine. Aux lendemains de la Seconde guerre mondiale, l’état du monde était si calamiteux que tout était pratiquement à reconstruire. Du pain-béni pour la machine capitaliste. Le boulot ne manquait pas. Le paradis dura une petite trentaine d’années, les fameuses  »Trente Glorieuses ». Bien sûr, il y eut quelques frottements collatéraux, notamment du côté des ouvriers, et plus généralement des salariés toujours et encore ponctionnés par les margoulins aux manettes. Mais cahincaha la machine tournait. Du moins pour l’Empire occidental naissant. Pour les autres peuplades, comme celles du Sud, c’était une autre paire de manches ! Quant à la fin des années soixante, l’on arriva enfin à pouvoir satisfaire peu ou prou le nécessaire vital de tous, il fallut bien répondre aux exigences de maîtresse croissance. Ce fut l’avènement de la société dite de « consommation ». Du nécessaire vital, on passa au désir de confort (ce qui se justifiait encore), puis à la quête forcené du superflu (ce qui l’était beaucoup moins), ces « nouveaux besoins » artificiels exacerbés par nos publicitaires déjà en quête de  » »temps de cerveau disponible » » et de fifrelins sonnants et trébuchants. Toujours plus ! Un phénomène nouveau apparut. Alors qu’auparavant, les « ménages » pouvaient s’offrir à peu près le nécessaire vital sur leurs propres deniers, les « besoins nouveaux » dépassèrent vite les possibilités du porte-monnaie familial. D’autant que les margoulins piquaient de plus en plus ouvertement dans la caisse commune à leur seul profit et au détriment des populations laborieuses. Qu’à cela ne tienne, on trouva la potion miracle : le crédit. Nous voici au début des années quatre-vingt dix. Pendant que la population s’endette pour satisfaire les « besoins nouveaux », une nouvelle caste, issue des mornes années quatre-vingt, étend son emprise : les spéculateurs financiers, les rois de la pompe à fric stérile, des bulles aléatoires et des jackpots dévastateurs. Quand le superflu se retrouve lui aussi impuissant à alimenter la machine, on se met alors à produire du fric pour du fric. Dès lors, la boucle est bouclée, l’engrenage est irréversible. Les élites s’enrichissent en pure inutilité, commencent à ébranler les garde-fous de la « majorité silencieuse » (syndicats, services publics, presse indépendante…). La population s’appauvrit, se précarise et sur-emprunte, non plus seulement pour consommer, mais pour régler les échéances des premiers emprunts. Cycle infernal du sur-endettement qui ne concerne pas seulement les ménages, mais aussi les États. Avec leur dette astronomique, leur économie bâtie sur un château de sable et leur crise des  »subprimes », les USA, grands gourous de la secte néo-libérale, en sont un symptomatique exemple. Consommation en berne (d’ailleurs, consommer quoi de plus ?), croissance durablement en panne (mais produire quoi d’autre, pourquoi et comment ?), fondations financières ébranlées, le jouet est brisé. Bien d’autres épiphénomènes viennent de surcroît renforcer ce grandiose plantage de gueule : crise énergétique, fracture écologique, réchauffement de la planète, explosions des petites bulles… On est mal ! Voilà, je crois avoir tracé un topo assez complet de notre périlleuse situation. C’est bête comme chou, non ? Notre monde arrogant a tout bonnement autant de mal à terminer sa fin de cycle que certains d’entre nous à boucler les fins de mois. L’huissier du destin guette. ///html

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/// Mais, me direz-vous, ça ne répond pas à la question initiale : comment, experts compris, ne nous rendîmes-nous pas compte plus tôt de l’étendue des dégâts ? Eh bien, nous en revenons à cette « inflammation » de la nature humaine dont nous parlions plus haut. À cette hypertrophie boursoufflée de la conscience qui pousse le genre humain à faire fi de la raison et du bon sens pour expliquer son univers et maîtriser ses peurs existentielles, à se réfugier dans des contes pour enfants à dormir debout. On créa des dieux à l’image évidemment supérieure que l’on voulait avoir de nous-mêmes. On s’abandonna des siècles durants à des monarques et des empereurs forcément de droit divin. D’aucuns pensèrent remplacer ces chimères par des idéologies fumeuses qui prévoyaient ni plus ni moins la fin de l’Histoire et le paradis terrestre éternel. Nous voici aujourd’hui idolâtres aveugles et sourds d’un système que l’on prétend inéluctable et définitivement mondialisé, paré des fanfreluches de la « modernité ». Face au mur qui s’avance, plutôt que de faire prudemment machine arrière ou de prendre des tangentes plus paisibles, nous accélérons. Le choc s’annonce fracassant. Certains commencent à s’en alarmer, mais bien trop tard. Il est piquant de voir aujourd’hui les grands prêtres du suprême Marché libre en appeler piteusement au secours de ces États si décriés il y a peu pour leur interventionnisme rétrograde ( »[Les États au secours des banques plombées|http://www.liberation.fr/actualite/economie_terre/317181.FR.php] »). Autant de réactions de panique et de cris d’agonie totalement vains, annonciateurs des chants du cygne.

Un "voyageur à domicile" en quête d'un changement de civilisation, mais qui n'attend pas "le monde d'après" pour commencer à vivre.