QU’ALLEZ-VOUS FAIRE ?

((/images/Maus.jpg|Maus|L))LETTRE OUVERTE AUX ÉLUS LOCAUX DE GAUCHE Après les élections régionales 2004 qui vous ont offert vingt des vingt-deux régions françaises, les récentes élections municipales et cantonales ont affirmé vos positions dans les villes et à la tête des départements. Vous disposez donc de pouvoirs non négligeables sur une grande partie du territoire national. Or, sur le territoire national, se commettent aujourd’hui des crimes intolérables contre les droits humains élémentaires, des injures insupportables et injustifiables contre nos traditions d’humanisme et d’accueil.

Je veux parler de cette traque incessante des sans-papier, de ces  »pogroms » modernes qui ne disent pas leur nom, de cet acharnement obscène contre ceux qui ne sont que les victimes de notre système pris de folie. Enfants, femmes, vieillards, hommes adultes, traités et parqués comme des chiens errants. Qu’allez-vous faire pour ceux-là ? Je veux parler de ces centres de rétentions répugnants, où l’on entasse dans des conditions dégueulasses, pour les renvoyer vers leur misère, des êtres innocents. Vous entendez, INNOCENTS ! N’attendez pas qu’il soit trop tard pour venir ensuite déclencher vos salves hypocrites d’indignations sur l’air lamentable du « on ne savait pas ». Ça se passe chez vous, sur VOS territoires, et VOUS LE SAVEZ PARFAITEMENT ! Alors ? Qu’allez-vous faire ? Évitez, je vous prie, de vous retrancher prudemment derrière les strictes attributions de vos fonctions, de dégager en touche en prétextant que le problème n’est pas de votre compétence directe, mais du ressort des préfets, ou du pouvoir d’État, ou de je ne sais quelle inévitable force obscure indépendante de vos volontés chancelantes. Ce serait donner quitus à tous les Maurice Papon et à leur sinistre « sens du devoir ». Le respect et la défense de la dignité humaine exigent parfois des engagements et des désobéissances qui dépassent le cadre nauséabond des législations épisodiques, surtout quand elles sont d’exceptions, comme aujourd’hui. Des citoyens alarmés ont pris leurs responsabilités, des Justes qui se sont regroupés au sein d’associations comme [RESF|http://www.educationsansfrontieres.org]. Ensemble, ils abattent un travail formidable malgré les risques encourus, obtiennent par leur ténacité des résultats encore insuffisants mais concrets. Et vous ? Vous, qui avez quelques pouvoirs, qui vous réclamez « de gauche », allez-vous vous contenter de bayer aux corneilles comme si de rien n’était, en attendant que l’orage morbide passe ? On vous a vu vous ceindre de vos écharpes tricolores pour beaucoup moins que ça. Qu’allez-vous faire, s’il vous plaît ? Allez-vous justifier ces agissements par la nécessaire défense des intérêts de vos administrés affolés ? Par le sordide prétexte que notre pays ne peut accueillir toute la misère du monde ? Que l’opinion publique ne comprendrait pas, et patati et patata ? Des SALAUDS écœurants (que le diable les emporte !) ont fixé un quota de vingt-cinq mille expulsions dans l’année. Vingt-cinq mille êtres humains sur 64.473.140 habitants$$Chiffre INSEE au 1er janvier 2008.$$, soit 0,038% de la population française ! L’on voudrait nous faire croire que cette infime petite paille met en péril notre existence de repus, alors que nous ne dessinons que les contours terribles de notre délabrement moral. Paille dans l’œil du cyclone de nos terreurs aveugles, mais poutre impardonnable contre notre honneur et notre dignité. Dans l’attente impatiente de vos réponses… ///html

*****

/// (Postscriptum : l’illustration du billet est de Art Spiegelman dont je conseille à tous de lire ou relire l’exceptionnel  »Maus »$$Art Spiegelman,  »Maus », éd. Flammarion.$$, tout à fait d’actualité, hélas. Je demande aussi à tous les oiseaux de passage sur ce site de harceler sans relâche leurs élus pour qu’ils répondent au plus vite, de la manière la plus concrète et la plus honorable, à la question du titre.)

Un "voyageur à domicile" en quête d'un changement de civilisation, mais qui n'attend pas "le monde d'après" pour commencer à vivre.